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Classement de banques en Afrique du Nord

Jeune Afrique, Hors-série Spécial Banques, Octobre 2007

Comme tous les ans près de la moitié du classement Afrique du Nord est occupé par les banques égyptiennes (22 au total), malgré le mouvement de concentration qui a eu lieu ces dernières années dans le pays. La banque publique NBE qui totalise à elle seule 23% des actifs bancaires égyptiens maintient largement sa première position, avec une hausse de son bilan de 18% et le quasi triplement de son PNB en un an. Elle est suivie par l’algérienne BEA, banque de la compagnie pétrolière Sonatrach. L’absence de données disponibles a éliminé la Libyan Foreign Bank de notre liste cette année mais compte tenu de l’embellie financière de la Libye liée au cours du brut, il ne serait pas étonnant qu’elle se classe en réalité parmi les 3 premières (total de bilan 2004 : 15,9 milliards de dollars). Même absence de chiffres pour la 1ère et 2e banque universelle de Libye, Gumhuriya et Sahari Bank.
Attijariwafa Bank progresse donc à la 3e place, talonnée par les deux autres banques marocaines, Crédit populaire (publique) et BMCE. Les deux banques privées se distinguent depuis deux ans par leurs ambitions au-delà des frontières du royaume : BMCE a créé une filiale en Tunisie et à Londres, et acquis 35% de parts dans le groupe bancaire africain BOA ; Attijariwafa Bank a créé une filiale à Paris, racheté une banque sénégalaise et une tunisienne, la Banque du Sud en 2005. Cette dernière apparaît donc cette année sous le nom de Attijari Bank Tunisie, au 34e rang du classement. Les deux groupes marocains attendent leur licence en Algérie et prospectent d’autres marchés comme la Libye et la Mauritanie, où le Crédit populaire, qui a déjà deux filiales en Afrique compte lui aussi s’installer. Si l’on ajoute l’ambition de la BIAT tunisienne d’ouvrir des filiales en Algérie, en Libye et au Maroc, on peut imaginer le début d’un processus d’intégration régionale.
Les filiales de banques françaises sont également à l’honneur, avec l’apparition cette année de deux entités de BNP-Paribas, l’une en Algérie (49e), l’autre en Egypte (46e), tandis que BMCI, la filiale marocaine du groupe français, grimpe au 14e rang et confirme sa place de 4e banque du royaume (et 1ère banque étrangère). L’identité méditerranéenne de BNP-Paribas s’est renforcée cette année avec l’acquisition en Libye de 19% de Sahari Bank, première privatisation bancaire dans ce pays.
Mais la Société Générale n’est pas en reste puisque sa filiale égyptienne NSGB a fait un bond à la 11e place cette année (contre 23e en 2006), depuis l’acquisition en 2005 de Misr international Bank (Mibank), qui fait d’elle la 2e banque privée égyptienne. La filiale marocaine du groupe français , SGMB, suit de très près celle de la BNP dans notre liste.
De son côté, le Crédit agricole y fait lui aussi une percée grâce au rachat d’Egyptian American Bank (45 agences) début 2006. Après l’intégration d’EAB par la filiale Calyon Egypt, en septembre 2006, l’entité commune apparaît cette année sous le nom de Crédit agricole Egypt et possède désormais le 3e réseau privé de banque de détail du pays Le groupe égyptien El Mansour & El Maghraby y détient également une petite participation. La filiale marocaine du groupe français, Crédit du Maroc, gagne pour sa part 6 places cette année.
Toutes ces banques évoluent dans des environnements en mutation. L’ensemble des pays de la région ont lancé en effet des processus de modernisation de leur secteur financier ces dernières années, dont les plus avancés sont ceux du Maroc, de la Tunisie et de l’Egypte. Au Maghreb, le système financier marocain est le plus large, le plus sain et le plus diversifié, avec un total d’actifs équivalent à 155% du PIB. Les banques nouent des liens croissants avec d’autres institutions financières et fonds de pension, tandis que la Bourse de Casablanca est la première du Maghreb (la 2e d’Afrique du Nord derrière Le Caire). Les banques marocaines sont devenues rentables et ont fait passer le taux de mauvaises créances de 15,6% en 2005 à 10,9% en 2006. La restructuration des banques publiques est quasiment achevée et une nouvelle loi bancaire a été promulguée en 2006.
En Tunisie, les banques commerciales ont acquis une certaine rentabilité, quelques unes ont été recapitalisées. Cinq anciennes banques de développement ont été converties en banques universelles, vouées à la privatisation ou à la fusion. Mais les banques tunisiennes souffrent toujours d’un poids élevé de créances douteuses, selon le FMI. Réduire ce dernier constituera le principal défi de ces prochaines années.
En Algérie, les banques ont dû augmenter leur capital minimum sous peine, comme Arcobank, de devoir mettre la clé sous la porte. L’assainissement des banques publiques de 1991 à 2001 a été évalué par le FMI à 3% du PIB. Un gros effort a été fourni l’an dernier dans les moyens de paiements, avec la mise en place du Real-time gross settlement systems (RTGS) en février 2006 et d’une plateforme de télé-compensation en mai 2006. De tels systèmes RTGS sont en cours d’installation en Tunisie et en Libye.
La modernisation en Mauritanie est à un stade débutant. Depuis 2005, le renforcement de la supervision a conduit à un meilleur provisionnement des dettes. Là aussi un système d’interconnexion électronique a été lancé. Le problème de la Mauritanie demeure cependant la concentration de ses crédits et l’appartenance des banques à des groupes familiaux, dont elles constituent en fait le bras financier (et dévoué…). Deux étrangères sont entrées sur ce minuscule marché en 2006 et les nouvelles exigences de capital minimum devraient donner lieu à des fusions ou à des ouvertures de capital. Mais aucune des 10 banques commerciales du pays (dont 9 privées) n’a réussi entrer dans notre classement.
Le secteur bancaire en Afrique du Nord est généralement dominé par les banques publiques, à l’exception de la Mauritanie qui a privatisé dans les années 1990, du Maroc, où les banques publiques se limitent à 24,4% du marché, et de la Tunisie (30,6%). En Algérie, les 6 banques publiques monopolisent plus de 90%. Même chose pour les 5 banques publiques de la Libye, qui en a recapitalisé 3 en 2005. De récentes petites privées libyennes se sont cependant montrées pionnières dans la modernisation des moyens de paiement, comme Amen Bank et Bank of Commerce & Development, dont on entendra encore parler. Une bourse est née à Benghazi l’an dernier mais sans grande activité pour le moment.
Chaque pays mène actuellement un processus de privatisations à différents degrés. En Egypte, la Banque du Caire (9e du classement) qui devait fusionner avec la Banque Misr, 2e banque nationale, va finalement être cédée à 80%. La décision a été prise cet été, 8 mois après la privatisation de la 3e banque du pays, Bank of Alexandria, remportée par l’italien Sanpaolo IMI, à la barbe de BNP-Paribas. Le projet de cession de la Banque du Caire, qui compte un réseau de 200 agences, a provoqué la grogne dans les milieux politiques, dans la mesure où les opérateurs étrangers occupent déjà 29% du marché égyptien. Il n’y aura donc bientôt plus que deux banques universelles publiques en Egypte, au lieu des traditionnelles Big Four qui dominaient le secteur depuis des décennies.
En Tunisie les banques étrangères possédaient 34% des capitaux bancaires contre 16% en 2001. Après 2 privatisations, l’une en 2002 et l’autre en 2005 (Banque du Sud), le marché est partagé à parts égales entre banques publiques, privées tunisiennes et privées étrangères.
En Libye, un premier pas a été franchi avec la privatisation de Sahari Bank (mais sans restructuration préalable), tandis que l’Algérie poursuit lentement la cession de la majorité d’une banque publique, le CPA (10e du classement). Six banques internationales sont sur les rangs, dont 4 françaises, pour rafler les 130 agences et 15% environ du marché national. Cette première privatisation algérienne devrait se conclure cette année et portera la part des banques privées (toutes étrangères !) à environ 25% du marché. Malgré le durcissement des conditions d’accès les banques étrangères se bousculent sur le marché algérien en forte croissance.
Si les réformes avancent lentement dans certains pays de cette région de 160 millions d’habitants, les crédits à l’économie ont connu en tous les cas une hausse importante. En Algérie, cette part a quasiment doublé entre 2000 et 2005.
Nathalie Gillet

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- Israël : les liens commerciaux se tissent avec la Jordanie et l'Egypte
La Tribune, Paris, 27 mars 2006

En Egypte comme en Jordanie, seuls pays arabes à avoir signé un traité de paix avec Israël, le pragmatisme économique s'est lentement imposé, malgré le décalage des opinions publiques. L'instauration dans les années 1990 de Zones industrielles qualifiées (QIZ) en Jordanie a fait d'Israël le 6e partenaire commercial du royaume, avec 360 millions $ d'échanges aujourd'hui, contre à peine 15 millions avant 1996. Selon ce système inventé par les Etats-Unis, les produits fabriqués dans ces zones peuvent accéder au marché américain sans quotas ni droits de douane. A la condition de contenir un minimum de composants israéliens (8,5%)…

Ce sont les QIZ qui ont ensuite servi de base à l'accord de libre échange conclu en 2000 avec les Etats-Unis, devenus en l'espace de 5 ans le premier client du royaume (30% de part). Ces zons ont surtout permis à la Jordanie d'acquérir la culture industrielle dont elle était dépourvue, même si la moitié des emplois créés sont asiatiques. Plus de 90% de l'activité des QIZ provient du secteur textile, habituellement très protégé sur le marché américain. Ainsi, non seulement ces entreprises ont bien traversé la fin des accords multifibres en janvier 2005, mais aussi leurs exportations ont continué de croître.

C'est l'inquiétude suscitée par cette échéance de janvier, ajoutée au désir de conclure à son tour un accord de libre échange avec les Etats-Unis, qui a finalement décidé l'Egypte à signer fin 2004 un accord tripartite du même genre. A côté de la griffe du ministre égyptien du Commerce et de l'Industrie Rachid Mohammed Rachid, figure celle de son homologue israélien… à l'époque un certain Ehud Olmert.

Les QIZ égyptiennes n'ont pas une année mais "la première difficulté qui fut de trouver les nouveaux fournisseurs israéliens nécessaires a été surmontée", affirme Ali Awni, qui supervise le programme au ministère. L'Egypte a par ailleurs signé en juin dernier un accord gazier, l'engageant à fournir à Israël 1,7 milliard de m3 de gaz naturel par an.

Mais pour l'opinion les deux pays arabes, l'opinion publique le tabou n'est pas encore dépassé, estime un diplomate à Amman : "Dans le milieu des affaires, on parle des QIZ pour se féliciter de leur croissance mais on évite d'évoquer en public les aspects israéliens". Les élections israéliennes, en outre, ne suscitent de grands débats passionnés. "Depuis le temps que les gouvernements changent, personne n'en attend plus véritablement grand chose", poursuit le diplomate. C'est davantage l'actualité palestinienne et le phénomène Hamas qui mobilise, notamment en Jordanie, dont plus de la moitié de la population est d'origine palestinienne. Le choix des électeurs palestiniens doit être respecté, martèle-t-on. Mais du côté des élites et, pour d'autres raisons, des gouvernements, l'existence aux frontières d'un pouvoir radical islamiste met très mal à l'aise. "Nous sommes contre l'existence d'un parti des Frères musulmans", a tenu à rappeler récemment le conseiller politique du président égyptien, Osama el Baz.

Nathalie Gillet