----------------------------
Série "Les Personnages influents en Afrique" :
Choukri Ghanem (Libye)
Jeune Afrique, Janvier 2008 (version originale de l'auteur)
Il n’y a d’hommes influents en Libye que le colonel Kadhafi ; tout autre personnage ne l'est qu'à un instant T et par la volonté du prince qui le place et le démet à sa guise. Cette règle s’applique aussi à Choukri Ghanem, 67 ans, l’homme des premières réformes économiques. Economiste formé aux Etats-Unis et expert pétrolier, il avait émergé au milieu des années 1990, comme l’une des voix prônant la libéralisation économique. Ancien vice-ministre du Pétrole puis administrateur de l’OPEP à Vienne, où il se lie d'amitié avec Seif el Islam Kadhafi, Chokri Ghanem prend en décembre 2001 le poste de ministre de l’Economie et du commerce extérieur.
Cet homme affable qui apprécie le contact de la presse a le soutien de Seif et devient Premier ministre en 2003. Sa mission : conduire la Libye vers une économie de marché. Mais elle le rend impopulaire auprès des Comités populaires hostiles aux privatisations, et surtout de la population qui redoute la suppression des subventions sur les produits de base. Remercié en mars 2006 il obtient toutefois la stratégique direction de la Compagnie nationale du pétrole, après avoir été l’artisan d’un nouveau type d’appels d’offres pétroliers baptisé Epsa IV.
Nathalie Gillet
-----------------------------
Interview
Ali Treki, ministre délégué aux Affaires étrangères, chargé des Affaires africaines
Quel est votre bilan du dernier Sommet UE-Afrique ?
C’était un sommet très important. Nous avions déjà entamé un dialogue il y a sept ans mais presque rien n’a été réalisé depuis. Cette fois-ci nous avons élaboré une feuille de route qui nous permettra de travailler ensemble. J’espère que nous allons l’appliquer. Les Africains désespéraient en vérité. Chaque année, il y avait soit un G8, soit une réunion européenne, avec une promesse de 50 milliards ou autres mais rien n’avançait véritablement pour l’Afrique. Cette fois-ci je crois que Européens et Africains sont plus sérieux. L’Afrique est un continent qui n’a pas besoin d’aide mais surtout d’investissements.
Etes-vous d’accord avec l’ensemble de cette feuille de route ?
Oui, je crois que nous sommes globalement d’accord. Nous pensons que nous aurions pu faire mieux. Certains chefs d’Etat ne sont pas très contents. Vous avez entendu le Président Wade, concernant le Nepad, il était désespéré de voir des promesses n’aboutir à rien. J’espère que cette fois ce sera différent, que les Européens feront leur devoir. L’Afrique est un continent riche qui a besoin de technologie et d’investissements.
Quels sont les dossiers prioritaires de la Libye en Afrique ?
La Libye est un pays africain, son histoire est liée au continent. Elle tient une place majeure dans la construction de l’Union africaine. Nous avons une coopération très importante et des investissements également importants. Au moment de l’embargo, l’Afrique nous a soutenus. Nous faisons partie de l’Afrique et voulons profiter de cette coopération euro-africaine pour trouver une solution à de nombreux problèmes, le sida, le sous-développement.
La Libye est non seulement une terre de transit mais aussi une terre d’immigration. Quelle évolution la Libye a engagée dans sa politique migratoire ?
Nous avons plusieurs millions de migrants sur notre territoire. Le problème est de relier le développement et l’immigration. Ces pays sont très pauvres, ils ont beaucoup de chômeurs. Il faut les aider, pour que ces gens qui risquent leur vie chaque année n’en aient plus envie. La police, la sécurité ou l’armée ne résoudra pas le problème. Il faut une aide efficace pour développer l’agriculture, l’industrie.
Où en est la coopération avec l’Union européenne en matière de flux migratoires ?
Nous avons surtout une coopération bilatérale avec l’Italie. Nous coopérons avec les pays d’origine comme le Niger, le Tchad, le Ghana, le Mali. Nous avons aussi une coopération en matière de refoulement, de répartition des migrants.
Les Africains doivent-il désormais présenter un passeport pour entrer en Libye ?
Bien sûr. Mais il est toujours difficile de contrôler le désert. On arrête des gens et les renvoie chez eux mais ils reviennent par le désert. Beaucoup y meurent ou meurent en mer. Le problème n’est pas de bloquer ces flux, le problème est celui du développement dans ces pays. La réunion des ministres africains et européens à Tripoli a fait un communiqué dans ce sens.
Que pensez-vous de l’idée d’Union méditerranéenne défendue par Nicolas Sarkozy ?
Nous sommes d’accord sur le principe. Mais il y a déjà la base des 5+5, actuellement la Libye propose un élargissement à 6+6, en incluant l’Egypte et la Grèce. Le Président Sarkozy propose un sommet au milieu de l’année prochaine. Ce sera l’occasion pour les chefs d’Etat d’étudier le projet. Avant il y avait des réunions régulières entre les deux rives de la Méditerranée. Nous pouvons nous réunir en plus sur l’initiative de M. Sarkozy car il y a beaucoup de choses à examiner: l’immigration, la pollution…
L’énergie nucléaire ?
Oui.
Quelle est la position de la Libye par rapport à l’action du président Mugabe au Zimbabwe ?
Notre position est une position africaine. Nous sommes contre la position des Allemands, contre les sanctions car nous ne pensons pas que ce soit une solution. Nous les avons subies nous-mêmes. Il faut avoir un dialogue. Que reproche-t-on au président Mugabe ? La nationalisation des terrains ? C’est leur droit. Nous l’avons aussi pratiquée après la révolution. Il y a eu un accord entre la Grande-Bretagne et le Zimbabwe à Lancaster, pour dédommager les blancs qui ont été spoliés. Mais en fait… c’étaient des terres africaines ! En Afrique du sud, 87% des terres appartiennent aux blancs… Cela ne peut pas durer, il faut trouver une solution.
Les Africains, les noirs, vont un jour se révolter alors il faut trouver une solution. Il est préférable évidemment de trouver une solution pacifique avec des dédommagements. On ne peut pas tout nationaliser immédiatement mais c’est une question très délicate. Le président Mugabe a fait une initiative pour la majorité noire
Mais aujourd’hui le développement du Zimbabwe est catastrophique
Mais on ne peut pas pour autant isoler le pays et refuser de l’aider. Dire que Mugabe ne doit pas assister à la réunion, l’Afrique ne va pas l’accepter… Sur le principe même, un pays africain ne peut pas être isolé. J’espère que la Grande-Bretagne et le Zimbabwe vont finir par discuter ensemble.
Propos recueillis le 13 décembre 2007 par Nathalie Gillet
----------------------------
Le dur métier d’opposant en exil
23 décembre 2008, version originale de l'auteur
Durant sa visite en grande pompe à Paris, le Colonel Kadhafi aura pu compter sur la police française pour maintenir en veilleuse les opposants libyens en exil. La manifestation pacifique prévue le 10 décembre à Paris aura duré quelques minutes. « J’étais venu en France plus tôt pour faire ma demande auprès de la préfecture », raconte l’un des organisateurs Madghis Afulay, Berbère libyen en exil au Maroc. « On nous a d’abord proposé trois endroits possibles mais samedi à 17h, au dernier moment, un coup de fil m’a finalement annoncé que la manifestation était interdite. Au lieu d’une marche, nous avons donc décidé de faire un sit-in, parce que selon la loi française, cela ne nécessite pas d’autorisation ».
Mais il en fallu une, visiblement ce lundi-là… Les premiers arrivés ont été priés par des policiers équipés d’un canon à eau, de partir. « Ils nous ont quand-même laissé faire 15mn d’interviews avec la presse ». A la sortie de la station de métro Trocadero, les forces de l’ordre sont encore plus nombreuses. Après quelques interviews volées, tout ce beau monde est embarqué dans un bus durant 4h.
Le lendemain, cinq "irréductibles" insistent pour distribuer quelques tracts de protestation aux abords de l’Assemblée nationale. « En pleine interview, on nous a demandé de partir. J’étais très étonné de voir que la police pouvait entraver les medias comme ça en France », raconte Madghis. Ce dernier s'éloigne pour poursuivre son action. Mais la séance de tract tourne court. « Ils sont venus à 8 pour m’immobiliser », dit-il. « L’un d’entre eux me tenait les mains dans le dos et m’a demandé s’il me faisait mal. Je lui ai répondu que j’avais mal depuis 38 ans et que ce qu’il faisait ce n’était rien. Cela a eu visiblement un gros effet. Il m’a regardé avec étonnement et m’a relâché. Finalement ils ont aussi pris nos tracts et nous sommes restés dans le parc pour discuter avec les agents libyens que nous avions repérés - ils étaient partout dans les environs, dans des cafés, dans le parc près du kiosk à journaux, dans des voitures ! Nous leur avons parlé de droits humains et ils sont rapidement devenus agressifs. L’un d’entre eux m’a bousculé puis frappé dans le dos. En rendant les coups je me suis blessé à ce qui m’a clairement semblé être une arme. La police française est ensuite venue mais... pas pour arrêter pas les agents de Kadhafi, pour nous arrêter nous » !!
Le métier d'opposant en exil est décidément bien difficile...
-----------------------------
Fiche pays : Libye 2008
Jeune Afrique, Hors-série Etat de l'Afrique, Février 2008
Traité en paria pendant des décennies, le régime libyen a finalisé en 2007 les dernières étapes de son intégration internationale. En juillet, la dernière crise diplomatique a pris fin avec la libération des cinq infirmières bulgares et du médecin palestinien détenus depuis 1999 et accusés à tort d’avoir volontairement inoculé le virus du sida à des enfants libyens. De l'aveu même de Seif el islam, le fils du colonel, les infirmières étaient des boucs émissaires, sorte de réponse au chantage qu’auraient subi les Libyens, selon eux dans les affaires Lockerbie et du DC10. Le récit des tortures subies et des procès rocambolesques successifs, relaté dans deux ouvrages publiés par les infirmières, donnent une image concrète de l’état de délabrement et d’arbitraire de la justice libyenne, dénoncé par Amnesty international.
C’est la face cachée de cette Libye en mouvement, celle que connaissent également les immigrés africains. De nombreuses allégations de recours à la torture et à des traitements inhumains et dégradants dans les centres de rétention pour migrants ont été rapportées par Human Rights Watch. Soucieuse de réglementer son marché du travail et peut-être aussi de répondre aux attentes européennes en matière de contrôle de ses frontières, la Libye expulse depuis le 16 janvier tous les migrants irréguliers présents sur son territoire. Sur 2 millions d’étrangers, 60 000 seulement sont en possession d’un permis de travail et de titres légaux. Mais les autorités semblent faire peu de différence entre les immigrants et les demandeurs d`asile, une catégorie inexistante en droit libyen.
Malgré le bilan désastreux en matière de droits de l'Homme, le Colonel Kadhafi est donc redevenu fréquentable, et a même obtenu un accueil en grande pompe à Paris, lors de sa visite d’Etat controversée de cinq jours, puis à Madrid. La visite effectuée début janvier aux Etats-Unis par le chef de la diplomatie libyenne, Abderrahamane Chalgham a définitivement scellé la normalisation des relations bilatérales entre Washington et Tripoli. Son homologue américaine, Condoleeza Rice a émi le souhait de se rendre en Libye prochainement, ce qui serait la première visite d'un secrétaire d'Etat américain depuis 1953.
Autre signe révélateur de cette nouvelle respectabilité : l’attribution à la Libye de la présidence tournante du Conseil de sécurité de l’ONU, en janvier 2008, après son élection comme membre non permanent pour deux ans !
La Libye réglemente peu à peu son passage vers une économie de marché. Très peu fiscalisée, les fortunes deviennent plus apparentes et l’initiative personnelle est impressionnante au niveau des petits commerces, qui changent le visage des villes libyennes. La capitale se transforme à vue d’œil. Dans chaque coin de rue on construit, profitant de crédits immobiliers à taux cassés. Des parcs et des pelouses font leur apparition.
Sans parler des investissements publics massifs dans les infrastructures : nouvel aéroport de Tripoli d’une capacité de 9 millions puis 20 millions de voyageurs (pour un milliard d’euros), contre 3 millions actuellement, extension des aéroports de B enghazi et Sebha, achat en 2007 d’une quarantaine d’Airbus par les deux compagnies aériennes, Libyan Airlines et Afriqiyah Airways, construction de ports en eau profonde, chemin de fer reliant les frontières tunisienne et égyptienne (à l’étude), nouvelles centrales électriques à cycle combiné, stations de dessalement d’eau de mer, extension des réseaux de téléphonie, réalisation d’une liaison dorsale en fibre optique de 7 000 km, autoroute Est-Ouest, usines de dessalement, réseau d’universités, équipements de défense, projet d’achat d’un réacteur nucléaire nouvelle génération, pour la production d’électricité et au dessalement.
Le budget d’investissement est passé de 8 à 12 milliards de dollars en 2007, ajouté à un plan 2008-2012 d’une enveloppe de plus de 150 milliards de dinars libyens (environ 130 milliards de dollars). A cela s’ajoutent les projets de méga-cités réalisés par de grands constructeurs émiratis, les nombreuses tours de bureau et hôtels de luxe et les appels d’offres dans les hydrocarbures. Le délai imposé pour la majorité des projets est le 1er septembre 2009, qui doit sacrer les 40 ans du coup d’état de Kadhafi. Les milliers de visiteurs attendus doivent tous trouver d’ici là à s’héberger.
Les consultants internationaux sont aux anges, à l’instar de Booz Allen Hamilton, CERA et surtout l’américain Monitor, qui accompagne la « Nouvelle stratégie économique » du pays. Le Monitor a notamment participé à la création en février du Libyan Economic Development Board, élaboré à l’image d’une institution du même nom à Singapour.
Forte de ces investissements que permettent les recettes pétrolières et les réserves en devises (plus de 60 milliards de dollars, soit près de 5 ans d’importations), la Libye a connu une croissance économique systématiquement supérieure à 5% depuis 2003. Celle-ci est estimée à 6,8% en 2007 et le FMI table sur 8,8% cette année. Mais l’augmentation des dépenses de l’Etat aurait également contribué à alimenter une inflation à deux chiffres, estimée à près de 11% en 2007.
La Libye se voit déjà comme un hub à l’instar de Dubaï mais l’économie est encore trop dépendante de ses hydrocarbures (95 % des exportations) et les indicateurs de la Banque mondiale témoignent d’une mauvaise gouvernance. La politique économique demeure floue, tandis que les luttes d’influences au sein du pouvoir opposent les chantres de l’économie libérale aux tenants du Livre Vert que l’on se refuse de désavouer.
La rapide dégradation de l'état de santé du Colonel Kadhafi, qui en deux ans a subi quatre accidents vasculaires cérébraux, pose en outre la question imminente de sa succession. Des purges auraient déjà été effectuées dans l'armée et les milieux universitaires, par anticipation. Les enfants Kadhafi du colonel accaparent déjà une partie des leviers du pouvoir. Seif el Islam qui veut apparaître comme le leader de la rupture, occupe le devant de la scène et sert de vitrine de modernité. Si Béchir Salah gère les actifs libyens en Afrique, Seif a la main sur les investissements en Europe et à l’intérieur du pays. Il réunit les acteurs, signe des chèques, a la capacité d'engager la Libye. Mais malgré les déclarations de bonne intention, la population libyenne, mieux informée, est lasse d'être dupée, tout comme elle le fut dans l'affaire des infirmières au nom d'un prétendu complot de la CIA et des Israéliens.
Seif joue en outre une partie serrée face au chef des renseignements militaires, Moussa Koussa, et a du mal à imposer ses nouveaux organes de presse et supports audiovisuels. Le poids de Seif varie d'un jour à l'autre. Certains spéculent sur un passage à témoin du père au fils durant les festivités du 40e anniversaire mais d’autres spéculent sur une succession bicéphale avec Seif comme « gouverneur civil » et son frère Motassem à la tête de la sécurité. Ce dernier, aussi ambitieux que Seif et aussi violent que Saadi, a pris en 2007 la tête du Conseil National de Sécurité. Associé à la nouvelle holding financière libyano-américain Phoenicia, il a également la confiance de son père et l'appui d’une partie de la vieille garde.
Saadi s'est vu confier la future Zone de libre échange de Zwara-Abu Kamash et commande, comme ses frères Hannibal et Khamis, une unité d'élite de l'armée. Aïcha Kadhafi (la fille), patronne de la Fondation Wattassimo, joue officiellement un rôle social mais participe aussi à de nombreux (et lucratifs) salons d'entreprises et conférences internationales.
Le gouvernement demeure un gouvernement écran, qui masque les véritables circuits décisionnaires. L’optimisme dans l’avenir n’empêche pas le mécontentement de la population, d’autant que les projets de construction entraînent de nombreuses expropriations et une spéculation sur le prix de l'immobilier. Les opposants sont toujours incarcérés et la presse toujours muselée.
Nathalie Gillet
ENCADRE
La stratégie des fonds souverains
Créés en août 2006, les fonds d’investissements souverains en Libye sont montés en puissance en 2007 et canalisent les relations économiques avec l’étranger. La Libyan Investment Corporation (LIC), dirigée par Mohamed Layas, et dotée d’une enveloppe évolutive de plusieurs dizaines de milliards de dollars est le holding de ces fonds, spécialisé dans l’investissement sur les marchés occidentaux. Il y a également le Libyan African Portfolio pour l’investissement, tourné vers l’Afrique et dirigé par Bechir Salah. Responsable de l’investissement domestique, le fond le plus puissant est le Fond de développement économique et social (ESDF), chargé entre autres de « privatiser » les entreprises libyennes au bénéfice de familles nécessiteuses. La majorité des grands projets d’investissement dans les infrastructures se fait via ce fonds, qui prend des parts dans beaucoup de projets et de sociétés créées avec les étrangers. Débordant de pétrodollars, ils s’imposent dans tous les contrats, même quand on ne les y invite pas. Ils possèdent des banques (Sahara Bank, Wahda Bank à plus de 70%), des compagnies d’assurances, des cimenteries
Les autorités appellent cela le « capitalisme populaire » ou, de manière abusive, « secteur privé », destiné à compenser les démantèlements opérés par ailleurs dans le système redistributif (suppression des subventions sur les produits de base, licenciement progressif de plus de 300 000 fonctionnaires). Les actions distribuées au peuple sont contrôlée pendant 3 ans par ESDF, qui gère l’argent pour le peuple, considéré encore comme insuffisamment mature. Reste à savoir si ces actions seront véritablement remises aux gens à échéance de 3 ans, avec les intérêts
NG
-----------------------------
Libye : Migrants contre armes
Aternatives Internationales, mars 2007
Pour sortir de son isolement international à la fin des années 1990, le Colonel Kadhafi avait ouvert grand les portes de la Libye à l'Afrique, entraînant un afflux massif de subsahariens en quête d'un avenir meilleur. Ce temps est révolu. Le visa est désormais obligatoire pour tous les citoyens du monde sans exception, a annoncé le ministre libyen de l'Intérieur le 31 janvier dernier. Accusés de tous les maux par la population (sida, drogue, prostitution), les immigrés africains ne sont plus vraiment les bienvenus et les regroupements de travailleurs attendant l'employeur providentiel le long des grandes avenues ont fondu depuis les émeutes racistes de septembre 2000.
L'heure en Libye est à la régulation des flux migratoires et de la main d'oeuvre. Après avoir imposé le visa à l’ensemble des pays (y compris arabes), les autorités libyennes ont prié les entrepreprises en début d'année de déclarer l’ensemble de leurs employés étrangers dans les plus brefs délais. Les travailleurs clandestins avaient jusqu’au 31 mars pour plier bagages. La présence de ces derniers reste pourtant tolérée sur cet immense territoire qui avec 5,3 millions d'habitants peine à trouver des bras pour s’équiper. Cafés, restaurants, petits commerces fermeraient leurs portes sans les employés nord-africains qui font tourner la boutique pendant que le propriétaire occupe son poste de fonctionnaire. Les champs agricoles aux abords de Sebha ont besoin de leurs fellahs égyptiens, tandis que le BTP, en plein boom, fait appel à une main d'œuvre subsaharienne bon marché. Employés dans un secteur privé en pleine croissance, les immigrés touchent parfois des salaires plus élevés que les fonctionnaires libyens, mais le plus souvent de manière informelle.
On ne connaît pas le nombre précis d'étrangers en Libye. Evalué à près de 2,5 millions fin des années 90, il serait passé à 700 000 aujourd'hui pour un nombre de clandestins estimé à plus de 1,5 million. Mais les ambassades aussi font leurs calculs : celle du Soudan compte 90 000 enregistrés mais évalue le nombre de ses ressortissants à 400 000, celle du Tchad à 500 000 (immigration de longue durée liée aux conflits régionaux).
Pays d'accueil qui attirerait près de 80% des migrants subsahariens accédant au Maghreb par le désert, la Libye est rapidement devenue un pays de transit. Ses 1 770 km de côtes sont aujourd'hui le point de départ vers Malte ou Lampedusa, petite île italienne située à 300 km des côtes libyennes. Cette dernière aurait reçu en 2006 plus de 18 000 immigrés clandestins venus de Libye (près de 40% de Marocains, 20% d'Egyptiens, beaucoup de Tunisiens et d'Erythréens, quelques Ghanéens, Nigérians, Ethiopiens. « Nigériens et Tchadiens sont parmi les plus nombreux en Libye mais ils ne traversent pas la Méditerranée, affirme Laurence Hart, représentant de l'Organisation internationale de la migration (OMI) qui a ouvert un bureau de liaison le 25 avril 2006 à Tripoli. Les Nigériens constituent une immigration de travail saisonnier avec des aller-retours, comme les Egyptiens, estimés à près d'un million...
Mais aujourd'hui les autorités libyennes expulsent : 145 000 personnes entre 2003 et 2005, essentiellement vers le Niger, le Ghana et le Nigeria, plus de 50 000 en 2006. Les étrangers interpelés sans papiers sont envoyés dans des camps de rétention, dont le nombre exact demeure confidentiel. « Il y a 2 types de centres, précise M. Hart, les centres de rétentions et ceux qui accueillent les volontaires au retour qui déclarent leur nationalité. Ce retour est alors organisé et ils reçoivent un petit pécule de $ 100 ».
Dans un rapport de 135 pages publié en septembre dernier sur le traitement des migrants par la Libye, Human Rights Watch dénonce les arrestations arbitraires, des maltraitances physiques dans les camps, les renvois dans des pays à risques (Erythrée, Somalie). Non signataire de la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés, la Libye ne prévoit pas en effet de procédure de demande d’asile politique, malgré la présence du HCR depuis 1991.
"L'Union européenne qui a certes exprimé des réserves par rapport aux camps n'a pas été découragée pour autant d'une collaboration", regrette la chercheuse Delphine Perrin. Alors que Tripoli traîne des pieds pour intégrer le processus de Barcelone, le contrôle des flux migratoires constitue en effet l’un des deux seuls dossiers de coopération avec ce pays, à côté de celui de la santé (indirectement lié aux infirmières bulgares). Une nouvelle carte de négociation libyenne qui aura permis en octobre 2004 de faire lever les sanctions européennes sur la vente d’armes, condition préalable à l'acquisition de radars et hélicoptères de surveillance.
« Nous ne pouvons ni construire ni financer des centres en dehors de l’Europe », a déclaré Franco Frattini, Commissaire européen au moment de la Conférence ministérielle euro-africaine sur l’immigration clandestine, organisée à Tripoli les 22-23 novembre. « Mais nous pouvons aider au rapatriement en finançant des vols communs ». Touchée directement, l'Italie a également développé une coopération bilatérale active mais controversée avec Tripoli, expulsant plusieurs miliers de migrants entre 2004 et 2005, dont des réfugiés politiques qui ont été renvoyés ensuite par la Libye. Une pratique à laquelle a mis fin l'actuel gouvernement Prodi.
Malte et l’Italie souhaitent l'organisation par l'UE de patrouilles dans les eaux méditerrannéennes avec les autorités libyennes, ce que refusent ces dernières. La Libye considère avoir elle-même un problème d’immigration et que la priorité est d’agir sur sa frontière sud (4 000 km). Tripoli réclame une aide logistique (hélicoptères, 4X4, équipements radar) et de renseignement pour dénicher les réseaux de passeurs et un appel d’offres a déjà été lancé par l'UE dans ce sens.
Mais si la Libye renforce sa politique de régulation des flux « elle ne le fait pas du tout pour faire plaisir à l’Europe », précise M. Hart. « Elle le fait pour lutter contre une immigration clandestine massive qu'elle considère désormais comme un danger ». Les 40 millions d'euros promis par l'UE pour des projets de co-développement lors de la Conférence de Tripoli, assortis de conditions, font d'ailleurs bien sourire les Libyens qui disposent d’un fonds de plus de 5 milliards pour investir sur le continent.
Nathalie Gillet
------------------------------
Libye (Fiche pays 2006-07)
Jeune Afrique, Hors-série Etat de l'Afrique, février 2007
Le remaniement ministériel de janvier dernier, après celui de mars 2006 qui avait remercié le Premier ministre réformateur Choukri Ghanem, ne devrait pas entraîner de bouleversements majeurs. Mais les portefeuiles économiques et le poste de Vice-Premier ministre ont été attribués des cadres dans la ligne réformiste, attentifs aux conseils des cabinets anglo-saxons actuellement en Libye. Les mesures de libéralisation initiées par M. Ghanem en 2003 concernent essentiellement les importations : suppression des licences et monopoles publics, ouverture généralisée de lettres de crédit au secteur privé et réduction des tarifs douaniers à la portion congrue et un récent renforcement de la tranparence des règles du commerce, en vue d’une future adhésion à l’OMC. Le foisonnement de petits commerces et l’accès à tous les biens de consommation a transformé le paysage urbain.
Forte de la bonne tenue des cours du pétrole, qui ont par moment dépassé $ 70 le baril en 2006, la conjoncture affiche de bons indicateurs macroéconomiques. Les exportations composées à 97% d’hydrocarbures devraient dépasser 34 milliards de dollars en 2006, contre 29,2 milliards en 2005. Un chiffre voué à gonfler avec le temps : en décembre dernier, la Compagnie nationale de pétrole (NOC) a conclu son 3e appel d’offre international de permis d’exploration (après ceux de janvier et octobre 2005) distribuant 10 nouveaux blocs dont 4 à des compagnies russes. Les réserves en devises sont estimées à plus de 52 milliards de dollars, pour une dette extérieure inférieure à 4 milliards. Résultat, le budget pour l’année 2007 a augmenté de 60%, passant à l’équivalent de 24,8 milliards de dollars, dont plus de 14 milliards seront consacrés aux infrastructures (notamment sociales cette année : santé et éducation) et à l’encouragement du secteur privé.
Mais la transition vers une logique de marché est difficile et les résistances sont dures pour préserver les circuits de rente habituels. Les quelques privatisations qui ont eu lieu pour le moment n’ont profité qu’aux investisseurs libyens. L’arrivée de compagnies étrangères et de produits d’importation s’est surtout révélé une aubaine pour les intermédiaires libyens, métier en pleine expansion.
Parallèlement, les tentatives de démantèlement du système redistributif jamahiriyen se poursuivent avec le désubventionnement progressif des produits alimentaires de base et surtout le projet annoncé en janvier de licencier 400 000 fonctionnaires, soit 40% de la masse salariale du secteur public ! La Libye compte près d’un million de fonctionnaires pour une population totale de 5,3 millions… Si le programme prévu est appliqué, les volontaires pourraient toucher leur salaire pendant 3 ans et bénéficier de crédits pour monter leur propre affaire. Le niveau de vie des fonctionnaires reste actuellement très faible et les salaires bloqués depuis 25 ans autour de 250 dinars par mois en moyenne attendent la revalorisation promise depuis des mois.
Mieux informée grâce aux chaines satellitaires, la population exprime plus ouvertement son impatience et exige une redistribution visible des revenus pétroliers. Un ensemble de fonds de développement, doté d’un total de 15 milliards de dollars, a donc été créé l’an dernier pour financer les infrastructures et palier l’impact des changements sur les plus pauvres. Les allocations sociales ont été réévaluées en novembre et les diplômés sans emploi peuvent en bénéficier. En janvier, un salaire minimum de 250 dinars a été imposé au secteur privé, tandis que les sociétés étrangères sont priées d’embaucher plus de personnels libyens.
Avec un taux de scolarisation de quasiment 100 % et une espérance de vie de 73,8 ans, la Libye figure toutefois au 64e rang mondial en termes de développement humain, soit au 1er rang africain. C’est mieux que l’Arabie Saoudite (76e) mais beaucoup moins bien que le Koweit (33e) et les autres pays du Golfe.
Sur le plan politique, le Colonel Kadhafi maintient son revirement diplomatique au profit des pays occidentaux, monnayant pétrole, expertise terroriste et contrôle migratoire, la nouvelle préoccupation européenne. Sa visite en France est attendue pour cette année. La dernière tache d’huile dans cette nouvelle image que tente de se donner le régime demeure cependant le triste dossier des infirmières bulgares et du médecin palestinien. Accusés d’avoir injecté volontairement le virus du sida à plus de 400 enfants ils ont été une nouvelle fois condamnés à mort en décembre dernier, après deux procès bâclés et des aveux arrachés sous la torture en 1999. La Cour suprême devrait statuer en dernière instance cette année. Jaloux de sa souveraineté, le régime se braque devant les pressions internationales et tente de marchander pour sauver les apparances.
En interne en revanche peu de changements structurels à l’horizon. Le gouvernement a certes autorisé la venue d’enquêteurs d’Amnesty International et de Human Rights Watch, puis en septembre dernier de Reporters sans frontières mais la presse reste muselée et la critique du Livre Vert interdite. Alors que le régime invite actuellement les opposants en exil à retourner dans leur pays, certains ont eu le tort de tenter l’expérience, comme le médecin Driss Boufayed, arrêté début novembre au lendemain de son retour de Suisse. Les opposant en exil et tentent depuis juin 2005 d'unir leurs forces à Londres en dehors de la composante libyenne des Frères musulmans qui a choisi d’accepter le dialogue avec le régime.
Sur fonds de spéculations autour de l’état de santé du Colonel Kadhafi, l’année 2006 aura été aussi celle d’un positionnement plus visible de ses enfants sur le terrain politique et économique. Seif el Islam a marqué la jeunesse libyenne l’été dernier par des propositions de réformes et des critiques sévères à l’encontre des cadres du régime. Son travail de légitimation politique se poursuit via sa Fondation Kadhafi pour le développement, véritable diplomatie parallèle pro-occidentale. Saadi, frère de Seif, a annoncé la création d’une nouvelle zone franche près de la frontière tunisienne et signé un protocole d’accord avec la sérieuse société émiratie Emaar. La compagnie libyenne que dirige Mohamed multiplie les projets de dévelopement. Enfin, un Conseil national de sécurité a été mis en place en octobre et entériné en janvier, pour définir la stratégie sécuritaire et de défense, voire orienter la politique extérieure du pays. Son directeur n’est autre que Moatassem, un autre fils en rivalité croissante avec son frère Seif el Islam. Tous s’intéressent au parrainage de salons d’entreprise.
De réelles tensions opposent aujourd’hui les chantres du libéralisme économique et de la bonne gouvernance, soutenus par Seif el Islam, et la vieille garde révolutionnaire attachée au système, qui se regroupe désormais autour de Moatassem. Au-dessus de la mêlée, le « Guide », qui n'exerce pas de fonction officielle, approuve les uns ou les aux autres. L’évolution « libérale » du régime n’est pas forcément linéaire.
Nathalie Gillet
Les questions migratoires au coeur du dévelopement
Marchés tropicaux et méditerranéens, 04/12/2006
La rencontre de Tripoli aura permis de mettre à plat les divergences de vues entre Afrique et Europe sur la question de l'immigration. Une chose est sûre : la question migratoire est désormais solidement inscrite au cœur des politiques de coopération.
« Migration accompagnée, oui. Migration choisie, non ! ». Louis Michel, Commissaire européen au Développement, a été clair durant la conférence euroafricaine sur l'immigration et le développement à Tripoli. Réunis les 22 et 23 novembre à l'intérieur d'une gigantesque tente installée en front de mer sur le parking du quartier d'affaires Dhat el Imad, une quarantaine de ministres des deux continents ont planché laborieusement sur une nouvelle déclaration conjointe. Jalouses du succès de la conférence de Rabat sur le même thème en juillet dernier, les institutions (Commission européenne et plus discrètement Commission africaine) ont pris le relais des pays, en couvrant cette fois l'ensemble du continent africain.
Pour le Commissaire européen, il faut réguler le phénomène migratoire pour ne pas être contraint à gérer des flux massifs, mais pas le stopper. « Il faut positiver ce phénomène naturel, pas le criminaliser au nom de postures politiques ». Les Européens, décidés à prévenir un déferlement d'immigrés clandestins, demandent la collaboration des Africains, qui acceptent désormais d'en discuter. Mais la démarche est ambiguë : comment solliciter le soutien des pays originaires des flux sans véhiculer un vexant message de rejet, comment filtrer les flux sans pour autant piller les précieuses ressources humaines qualifiées de l'Afrique ? L'argument humanitaire asséné tout au long de la conférence a difficilement caché les motivations plus économiques de l'Europe. Reste que plus personne ne conteste le lien entre pauvreté, insécurité et migrations.
De fait, les pays Africains y voient un intérêt politique. Devenu un important pays de transit de l'immigration sub-saharienne, la Libye a su jouer de la question pour faire lever l'embargo européen sur les armes qui l'empêchait d'acquérir les radars et autres matériels nécessaires à la surveillance des frontières. La présence d'immigrés clandestins « menace la structure démographique de notre pays ainsi que son tissu culturel » a estimé le ministre des Affaires étrangères libyen Abderrahman Chalgam. Le problème est aussi intra africain...
Plusieurs pays africains en ont appelé à la création d'un fonds spécial issu du FED pour gérer le phénomène migratoire - idée qui fait bondir Louis Michel : « Si c'est pour appeler autrement un fonds qui existe déjà, ça n'a pas de sens ! Je suis d'accord pour en étudier les modalités mais avec de l'argent additionnel ! Et puis il est toujours très difficile de vérifier la bonne utilisation des financements. Un fonds commence par utiliser de l'argent pour financer de la bureaucratie complémentaire ». Pas de création d'un fonds, donc, au grand regret de la Libye, qui aurait pu couronner par un symbole fort la première grande conférence internationale qu'elle organisait depuis l'embargo. Mais les pays s'engagent à « examiner la possibilité de [le] mettre en place ».
Autre pomme de discorde, la « réadmission » des clandestins figure déjà dans l'article 13 des accords de Cotonou. Plusieurs pays africains, Afrique du Sud et Nigeria en tête, ont freiné des quatre fers pour ne pas inclure le concept dans la déclaration. Les accords de Cotonou ont toutefois été réaffirmés dans le préambule de la Déclaration finale, qui énumère une liste d'engagements et de mesures générales proches de celles de Rabat. Parmi les thèmes : le rôle des migrants dans le développement de leur pays d'origine, la nécessité d'une cohérence régionale, de faciliter la mobilité des travailleurs africains qualifiés ou des travailleurs saisonniers, la réalisation d'études statistiques.
Reste à mettre en place des actions concrètes avec les € 40 millions que prévoit l'UE dans son budget de développement. Louis Michel propose la création dans certains pays d'une Agence d'émigration, pouvant « offrir des informations aux candidats migrants, de la formation, de l'accès à du petit capital à risque pour installer de petites entreprises, réguler en fonction de l'offre d'emploi tout en veillant à ne pas déraper dans le brain drain ». L'agence pourrait promouvoir sur place des projets à haute intensité de main-d'œuvre. Le Mali s'est déclaré candidat, le Sénégal pourrait suivre.
Mais attention, a rappelé le vice-président de la Commission européenne, Franco Frattini, « lorsqu'un Etat en Afrique s'engage dans un tel projet pilote, il prend la responsabilité de récupérer ses citoyens lorsque la période des travailleurs saisonniers est écoulée ». Côté européens, « des quotas continueront d'être fixés sur le plan national », a-t-il déclaré. La ministre française préfère elle parler « d'émigration choisie».
Nathalie Gillet
ENTRETIEN AVEC BRIGITTE GIRARDIN
La ministre française déléguée à la Coopération, au développement et à la francophonie, était seule à représenter la France au niveau ministériel (contre 5 ministres à Rabat).
MTM : Quelle est pour vous l'importance de la conférence de Tripoli, après celle de Rabat ? Brigitte Girardin : A Rabat, le phénomène migratoire est devenu un sujet de débat entre pays originaires des flux, pays de transit et pays destinataires. Ils ont accepté d'en discuter sans tabou. La politique migratoire n'est plus seulement perçue sous un angle sécuritaire mais aussi sous celui du développement. Il y a une prise de conscience qu'on ne réglera pas les choses sous le seul angle répressif et qu'il faut traiter le problème à la source. La difficulté est de faire en sorte que cela profite à tout le monde. Le fait que les ministres se soient retrouvés est très important. Rabat a été une première et Tripoli en est une amplification, qui s'inscrit à l'échelle du continent. Ce type de conférences génère toujours des déclarations mais derrière cela il y a de vraies actions concrètes et la France est en pointe dans ce domaine.
Tous les pays partagent-il le même intérêt pour ces questions ?
Tous ne se sentent pas concernés de la même manière, ni en Europe ni en Afrique mais les images de Ceuta et Melila ont frappé la communauté internationale dans son entier. Du côté des pays africains, on sent également une volonté de traiter de la question car il y a beaucoup de migrants voyageant à l'intérieur du continent. Il faut donc intégrer le phénomène migratoire dans la politique de coopération, sans oublier le problème de la fuite des cerveaux. D'où l'idée du co-développement.
Propos recueillis par Nathalie Gillet