- Maroc : un Code de la famille difficile à "décoder"

Alternatives internationales, août 2005

Il est 15h, la salle principale du Tribunal de la famille de Casablanca se remplit : à gauche des rangées réservées aux hommes, à droite des rangées pour les femmes. Derrière les avocats installés sur le premier banc, le silence se fait et les visages expriment l'attente parfois l'inquiétude. La magistrate appelle un à un les premiers candidats au divorce et autres plaignants mais reporte la majorité des séances : des documents manquent aux dossiers, des hommes ne se sont pas présentés, le ton monte. Fondues dans la masse, quelques lycéennes prennent des notes. Elles sont venues préparer un exposé sur la réforme du code de la famille, qui est entré en vigueur le 9 février 2004 au Maroc. Comme la plupart des gens présents, elles découvrent les nouvelles règles avec étonnement.

En présentant en octobre 2003 ce projet plusieurs fois reporté de réforme de la Moudawana (code de la famille) devant le Parlement, le roi Mohamed VI avait pris tout le monde de court. Les mouvements islamistes s’étaient vigoureusement opposés en 2000 à un précédent projet préparé par la gauche et par des "mouvements féministes manipulés par l'Occident dans le but d'atteindre l'islam à travers la déstabilisation de la famille", selon un dirigeant du Parti de la justice et du développement (PJD, islamiste, 3e force parlementaire). Contrairement aux attentes, tous avaient cette fois applaudi l'initiative royale. Le projet socialiste ne tenait pas compte du référentiel islamique, ce qui n'est pas le cas du code actuel, retravaillé par une commission royale composée d'ouléma et de représentants de la société civile.

Mais le timing aussi se prêtait à la conciliation : affaiblis politiquement par les attentats islamistes du 16 mai 2003 à Casablanca et une sévère vague de répression antiterroriste au Maroc, le profil bas s'imposait. Le roi en tant que Commandeur des croyants imposait ainsi de nouveaux droits pour les femmes tout en garantissant le respect de l'islam.

Pour la juriste et militante féministe Leila Rhiwi "le nouveau code est révolutionnaire dans son esprit". En proclamant l'égalité entre les hommes et les femmes et la responsabilité conjointe des deux parents dans la famille, il met fin au principe d'obéissance de la femme à son époux. Révolutionnaire, le texte l'est aussi sur un autre plan. Comme dans la majorité des pays musulmans, la gestion des affaires familiales et sexuelles est inconcevable en dehors du cadre religieux. C'est pourtant vers une sécularisation que le Maroc a fait un pas. Au lieu de se contenter de proclamer la loi, le Roi l'a en effet soumise au Parlement, institution non religieuse, où il a été débattu, corrigé par 53 amendements et voté à l'unanimité. En outre, s'il s'affirme ouvertement d'inspiration islamique, le texte apporte des nouveautés qui ne figurent pas dans la charia : la reconnaissance du lien de paternité en dehors du mariage, l'adoption, la gestion en commun du patrimoine acquis pendant le mariage.

L’appareil judiciaire est aussi renforcé : création de tribunaux de la famille, grande marge d'appréciation du juge, limitation des prérogatives des "adouls", sortes de notaires religieux es affaires familiales. Et pour valider une union, un acte de mariage officiel est désormais obligatoire

L'Association Solidarité féminine s'en réjouit : "Beaucoup de femmes étaient abusées par des islamistes adeptes du mariage exclusivement religieux. Cela se passe généralement en comité très restreint, on récite une petite prière et le tour est joué. Mais quand le mari répudie son épouse, elle n'a aucun moyen de prouver son mariage et peut se retrouver mère célibataire de fait ". Un drame social au Maroc qui plonge les individus dans la dernière des marginalisations. Jusqu'en 2003, les enfants nés hors mariage n'avaient même pas d'existence légale : pas de nationalité, pas de scolarité publique, aucun soutien étatique.

La Moudawana actuelle en fait corrige de graves déséquilibres sociaux. Un homme ne peut plus répudier sa femme du jour au lendemain et l’expulser impunément du domicile conjugal avec ses enfants ("et sa djellaba", selon l'expression) ; il doit obtenir l’autorisation du juge, verser une pension alimentaire. Les femmes aussi peuvent demander le divorce sans avoir à se justifier ni à renoncer à tous leurs droits comme cela se faisait habituellement. En effet, la grande trouvaille du nouveau code de la famille a été l’introduction d’un nouveau type de divorce parallèlement à l’ancien : celui de la désunion (ou chiqaq). "Beaucoup de femmes demandent aujourd'hui le divorce et l'obtiennent", affirme Zhour el Hor, Présidente du Tribunal de la Famille de Casablanca. Fini le temps où il fallait attendre 10 à 15 ans, le délai officiel est de 6 mois.

Le problème c'est que certains juges refusent le recours à la désunion. Et le problème c'est qu'ils en ont le droit. Car si la loi est révolutionnaire, elle permet de nombreux aménagements qui contournent les avancées. La femme par exemple n'a plus besoin de la tutelle d'un homme pour se marier (mais elle peut choisir d’y recourir), l'âge du mariage a été relevé de 15 à 18 ans pour les jeunes filles (mais le juge peut autoriser des exceptions), la polygamie est sévèrement conditionnée (mais pas interdite). Selon le ministère de la justice, 25% de femmes se seraient mariées sans tutelle paternelle en 2004 : c'est une avancée pour les uns, une insuffisance pour les autres. "L'esprit du code est trahi parce que ce qui devait être exceptionnel est devenu la règle", dénonce Bouchra Abdou, de la Ligue démocratique pour les droits de la femme (LDDF) à Casablanca.

Pour obliger un père à reconnaître un enfant né hors mariage, une femme peut demander un test ADN. Une avancée énorme. Mais les conditions sont restrictives : c'est le juge qui prend la décision et les deux "fauteurs" doivent avoir été… fiancés. En outre, l'article 492 du code pénal, qui assimile les relations sexuelles hors mariage à de la prostitution passible de prison n'a pas été aboli ! Le problème des mères célibataires est donc loin d’être réglé au Maroc.

Dans la pratique enfin, le texte trébuche sur les réalités marocaines. Alors que les contentieux relevaient jusque-là des Adouls, l'appareil judiciaire est aujourd'hui débordé. A cela s'ajoute le problème des mentalités qui perdurent. Un effort de formation des juges a certes été fait mais il reste insuffisant, comme le montrent les statistiques d'un rapport de la LDDF, qui a publié en février dernier sa propre enquête de terrain réalisée auprès de 9 tribunaux."On a vu des juges marier des jeunes filles à 11 ans sous prétexte qu'elles avaient leurs règles", rapporte Bouchra Abdou. Dans les faits les hommes continuent d'expulser leurs femmes sans se savoir en faute et quand les femmes demandent le divorce on leur réclame des preuves à charge. Elles continuent de recourir en masse au divorce Khol' qui les oblige à abandonner leurs droits, alors qu'elles peuvent choisir la désunion. Dans la campagne certains adouls continuent d'exiger un tuteur matrimonial pour les jeunes filles.

Dans la population, le code a généré des amalgames et des peurs. "Nous sommes tous musulmans au Maroc et notre religion s'occupe déjà depuis 1400 ans de régler les histoires de mariage, la position de l'homme etc.!! Pourquoi compliquer les choses ?", proteste comme beaucoup Mohamed, 27 ans, banquier à Mekhnès. Se croyant exclus du projet, les hommes sont persuadés qu'ils ont tout à perdre en se mariant, notamment leur fortune. Ils ne savent pas que le partage des biens acquis pendant le mariage instauré par la loi dépend d'un contrat séparé, d'un commun accord.

Dans les campagnes, les femmes hésitent à tirer profit du nouveau code de peur d'enfreindre l'islam, comme se chargent de le leur faire croire des islamistes. "Le problème c'est que toutes ces conquêtes ont été arrachées et revendiquées par une élite de femmes et n'ont pas été portée par la masse d'entre elles, celles qui sont analphabètes", relève Salima Bar Mousa, de la Maison des femmes à Tanger. Pour lever les malentendus, la LDDF organise des caravanes dans les quartiers et en milieu rural. Sa stratégie : utiliser les traditions musulmanes pour appuyer la réforme. "Quand vous dites par exemple que le prophète lui-même a refusé que son gendre Ali prenne une autre épouse, les femmes nous écoutent et acceptent mieux leurs droits". Des cassettes audio sont distribuées en dialecte et en tamazight. Mais si l’Association démocratique de femmes du Maroc (ADFM) a fait diffuser en mai dernier une série de spots télévisés en dialecte, aucune campagne télévisée digne de ce nom n'a été menée par l'Etat, hormis quelques émissions en arabe littéral, que maîtrisent peu de Marocains.

Comment dans ces conditions atteindre les 48% d'analphabètes (70% pour les femmes) que compte le Maroc? Au tribunal les juges débordés n’ont pas le temps de leur expliquer leurs droits et dans la campagne profonde, personne ne s'en donne la peine. Difficile dans ces conditions d'identifier le bon interlocuteur à l’extérieur du village ou du quartier, de se rendre seule au prochain tribunal situé à plusieurs dizaines de km, faire de nombreux déplacements pour rien, se tromper. Toutes ces démarches coûtent cher, alors qu'un Marocain sur 6 vit avec moins de un dollar par jour.

A toutes ces barrières s'ajoute une autre : l'absence totale de confiance des Marocains dans leur propre système judiciaire. "Vous pouvez écrire les kilomètres de textes que vous voulez au Maroc, une bonne enveloppe sera toujours plus efficace qu'une bonne preuve", affirme Mohamed, chauffeur de taxi à Casablanca. "Je connais un juge au Tribunal de Mohammedia qui après 7 séances, a déclaré à une femme, que l'affaire n'était pas de son ressort et qu'elle devait aller à Casablanca", rapporte consternée une avocate.

Si le Maroc a beaucoup progressé en matière de liberté de parole, la corruption reste un problème majeur. Le royaume a même dégringolé du 45e en 1999 au 77e rang des pays les corrompus selon Transparency International. Les autorités essaient sans succès de réformer la justice depuis 5 ans, à coup de licenciements et de formations. Mais les verdicts continuent de surprendre, les dossier de se perdre, les bakchich de circuler.

Malgré leurs réserves, les mouvements féministes gardent cependant leur optimisme. Le texte reste un exemple dans la région. "Certains articles contredisent l'égalité des sexes, mais une réforme globale n'est plus nécessaire, comme en Algérie; il ne nous reste plus qu'à revendiquer des amendements", estime une juriste. Mais pour que la loi protège le citoyen il faut qu'il puisse y accéder "et ça ça relève de la responsabilité de l'Etat", conclut-elle.

Nathalie Gillet

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Frauenrechte in Marokko, ein Beispiel von Errungenschaften der Zivilgesellschaft; der gute Wille des Königs bleibt jedoch entscheidend

Der Überblick, Juillet 2005

In seiner Thronrede vom August hat es König Mohammed VI. versprochen : marokkanische Frauen werden ihre Staatsbürgerschaft an ihre Kinder weitergeben können. Diese erwartete Gesetzänderung wird Kindern mit ausländischen Vätern Zugang zur öffentlichen Schule ermöglichen, später zu staatlichen Stellen oder gar zur Sozialhilfe. Ein neues Recht, das demnächst in ein Gesetz umgewandelt werden muss..

Seit anderthalb Jahren haben sich die Spielregeln in der marokkanischen Gesellschaft radikal geändert, und zwar auf eine Art, die mit anderen arabischen Ländern (mit Ausnahme von Tunesien) kaum zu vergleichen ist. Am 9. Februar 2004 ist der Personenstandgesetz (Mudawana), nach einer wiederum entscheidenden Thronrede vom November 2003, inkraftgetreten. Darum hatten Frauenbewegungen und Menschenrechtsorganisationen jahrelang gekämpft und Druck ausgeübt. "Allein der Geist des Textes, bildet eine revolutionäre Errungenschaft in dem er die Gleichberechtigung zwischen Mann und Frau ausdrücklich formuliert", freut sich Menschenrechtsaktivistin und feministin Leila Rhiwi.

Revolutionär ist der Text auch deswegen, weil Familienverhältnisse bisher traditionneller Kompetenzbereich der Religion war, und das neue Gesetz ein Schritt Richtung Säkularisierung bedeutet. Anstatt als geistlicher Oberhaupt der Gläubigen die Mudawana einfach zu proklamieren, hat sie der König nämlich dem Parlament, einer säkulären Institution, vorgelegen. Dort wurde sie heftig diskutiert und mit 53 Abänderungen einstimmig gewählt (einschliesslich der islamistischen Abgeordneten der Partei Gerechtigkeit und Entwicklung). Einige Innovationen entfernen sich sogar von der Scharia : Annerkennung der Vaterschaft ausserhalb ehelicher Bindungen, Adoption, gemeinsame Verwaltung der erwirtschafteten Güter.

Die Zeiten in denen ein Mann Frau und Kinder über Nacht aus dem Haus jagen konnte sind vorbei. Einfach verstossen ist nicht mehr möglich, dafür braucht man die Zustimmung eines Gerichts und für den Unterhalt der Familie sorgen können. Gehorsamkeit im Tausch gegen mänlichen Schutzt wurde abgeschafft, das Mindestheiratsalters von 15 auf 18 Jahre heraufgesetzt, und ein männliches Vormund für eine Eheschliessung für unnötig erklärt.

Die Reform verstärkt zudem die Macht der Justiz, führt Familiengerichte ein, und beschränkt den Kompetenzbereich der Aduls (religiöse Notare). Besser : eine offizielle Heiratsurkunde ist nun obligatorisch, was Frauenrechtlerin Bouchra Abdou, von der Demokratischen Liga für Frauenrechte (LDDF) in Casablanca zufridenstellt. "Viele Frauen wurden früher von Islamisten missbraucht, die eine ausschliesslich religiöse Heirat verlangten. Laut der Tradition genügt in solchen Fällen ein kurzes Gebet im engeren Kreis. Wenn aber die Frau von ihrem Mann verstossen wird, kann sie ihre Ehe nicht beweisen und hat keinen Anspruch auf irgentwelche Abfindungen. Wenn sie dazu noch ein Kind hat, gilt sie plötzlich als alleinstehende Mutter". Das allerschlimmste, was in Marokko passieren kann, da uneheliches Geschlechtsverkehr mit Prostitution gleichgestellt und streng bestraft wird...

Mit Abstand von über anderthalb Jahre, kann man versuchen, eine erste Bilanz zu ziehen. Was hat sich für Frauen tatsächlich geändert ? Wie lassen sich die zahlreichen Errungenschaften in der Praxis umsetzen ? Einige Dinge haben sich verbessert, laut Frau Rhiwi, und zwar die für Frauen verkürzte Scheidungsfrist z.B. und das erleichterte Scheidungsverfahren. Während ein Mann seine Frau durch einen Spruch verstossen konnte, brauchten Frauen damals tausend Rechtfertigungen oder Beweise eventueller Misshandlungen, und meistens sogar auf ihre Rechte verzichten (Sorgerecht der Kinder, Unterhalt, usw.) um sich von ihrem Mann zu lösen. Dies konnte sich bis zu 15 Jahre hinziehen, ohne dass ihre Rechte am Ende gesichert waren.

So lief zumal der sogenannte "Khul" Verfahren. Parallel wurde aber das "Schiqaq" Verfahren eingeführt mit einer offiziellen Frist von 6 Monate und als Bedingung den alleinigen Wunsch sich zu trennen. In der Praxis wird die neue Frist oft eingehalten, stellen Beobachter fest. "Heute würde sich kein Mensch mehr ein Verfahren von länger als 2 Jahre vorstellen", sagt Frau Rhiwi. Und die Türen der Rechtsanwälte und Juristen haben sich aufgemacht. Doch die "Khul" Scheidung besteht.

Vielleicht im Falle, dass es noch Frauen gibt, die diese harte Probe bevorzügen...? Solche Frauen gibt es in der Tat... denn die auf dem Papier gefestigten Fortschritte stössen unbarmherzig auf marokkanische Realitäten. Als allererste auf Ignoranz. Bis zu 70% der Marokkanerinnen sind analphabet. "Die Lage ist so, dass die meisten von ihnen ihre neuen Rechte gar nicht kennen und die ungünstige "Khul" Scheidung wählen", meint Bouchra. "Die Familienrichter machen es ihnen auch nicht immer einfach; einige weigern sich das Schiqaq Verfahren einzuleiten", fügt Frau Rhiwi hinzu.

Der Text selbst erlaubt viele Ausnahmen und eine breite Einschätzungsspanne für den Richter. Frauen brauchen z.B. keine Vormundschaft mehr, um eine Ehe zu schliessen aber dürfen sie wählen wenn sie es "wünschen" : laut der offiziellen Statistik haben nur 25% darauf verzichtet. Die Trauung von minderjährigen Mädchen darf ein Richter genehmigen wenn er sie für reif genug hält... : in der Tat wurden massive Genehmigungen gewährt, besonders in ländlichen Gebieten, wo bis zu 11 Jährigen immer noch getraut werden... Polygamie ist jetzt streng begrenzt aber nicht abgeschaffen. "Der ganze Sinn der Reform wird missbraucht", protestiert Bouchra Abdu vom LDDF-Verein, das im März seine eigenen Statistiken veröffentlicht hat.

Mentalitäten lassen sich selbst in juristischen Kreisen nicht so einfach ändern. Casablanca möge mit seiner bekannte Präsidentin Zhor el Horr, einer der Redaktoren der Mudawana, noch so vorbildhaft dastehen, die kleineren Städten oder ländlichen Gebieten haben es mit weniger gutwilligem Personal zu tun. Einige Richter agieren eindeutig gegen den Willen der Frau, in dem sie einen Vormund verlangen oder die Anwesenheit des Vaters. "Ich pfeife auf die Mudawana, habe ich von einem schon mal gehört", berichtet Aischa Esch Schanna, Leiterin von "Solidarité féminine", einem Verein für alleinstehende Mütter in Casablanca. "Viele Richter bekommen aber jetzt eine Ausbildung und werden auf den Sinn der Reform sensibilisiert", beruhigt Zhor el Horr. Alles braucht seine Zeit.

Inzwischen klammern sich einige Missverständnisse fest : Frauen scheuen z.B. sich, auf ihre Rechte zu bestehen, weil sie glauben, sie verletzen damit die Prinzipien Ihrer Religion. "Wenn wir aber kommen und erklären, dass selbst der Prophet Mohammad seinem Schwiegersohn Ali eine zweite Frau verweigert hat, weil er nicht wollte, dass er seine Tochter Fatima dadurch kränkt, oder wenn wir Koranische Versen benutzen, dann hören Frauen zu und akzeptieren ihre Rechte als legitim", erklärt Bouchra.

Männer hingegen fürchten um ihr hart errungenes Vermögen, das sie durch eine eventuelle Scheidung verlieren könnten. Dies kann aber in der Tat nicht passieren. "Wir sind doch alle Mosleme, warum vertrauen wir diese Dinge (Heirat, Stand des Mannes, usw.) nicht weiterhin unserer Religion an, die es seit 1400 Jahre gut in Griff hatte ? Warum wollen wir das alles komplizierter machen", fragt Sascha, ein charmanter 27-jähriger Bankberater aus Meknes.

Mit staatlicher Begleitung wären Missverständnisse um einiges schneller überwältigt. Aber keine nationale Informationskampagne hat bisher wirklich stattgefunden : nur wenige Fernsehsendungen am Anfang, und dies auf Hocharabisch, was die meisten Marokkaner nicht verstehen. Zeitungen haben viel darüber berichtet aber treffen ein beschränktes Publikum. In Gerichten gibt es keine Informationsstellen und die Justiz ist so überfordert, dass die Richter kaum Zeit haben, Frauen aufzuklären. Oft fehlt also am entscheidenden Tag eine wichtige Akte und die Sitzung muss vertagt werden. Dazu kommt noch die katastrophale Korruption, die den gewöhnlichen Bürger (oft mit Recht) misstrauisch gegenüber seinen Institutionen macht.

Immerhin, eins steht aber fest : trotz aller Schwierigkeiten können sich Frauen von nun an auf einen expliziten Text berufen. Dies war ein immenser Schritt. "Jetzt brauchen wir keine Reform mehr im Gegensatz zu Algerien" sagt Frau Rhiwi. "Das einzige, was wir noch zu verlangen haben sind Amendements, lokale Änderungen in Richtung besserer Gleichberechtigung".

Daran arbeiten Nichtregierungsorganisationen (NRO) und Vereine weiter. Diese führen ihre eigenen Informationskampagnen, um die Lücken des Staates in seiner Aufgabe auszugleichen. Die LDDF fährt mit Ärzte und Juristen durch ländlichen Gebieten, um durch kostenlose Beratungen, die neuen Rechte bekannt zu machen. Kassetten werden im lokalen Dialekt und in Berberisch verteilt. Das Demokratische Verein für marokkanische Frauen (ADFM) hat im Frühling ihre eigenen Werbespots produziert. Sogar Mikrokreditorganisationen wie Zakoura, deren Kundschaft zu 90% weiblich ist, berichten über und fördern die neuen Reform.

Die marokkanische Zivilgesellschaft hat in der Tat eine wahre Tradition, eine Dynamik, die es in Nachbarländer nicht gibt. Die Zahl der Vereine wird heute auf rund 40 000 eingeschätzt. Alle Fortschritte im Bereich Gleichberechtigung, aber auch Menschenrechte, Meinungsfreiheit sind ihnen und dem Mut vieler Intellektuellen zu verdanken. Die Zivilgesellschaft ist es, die in den letzten Jahren den Makhzen dazu gezwungen hat, die ersten Versuche einer Vergangenheitsbewältigung zu gewähren.

In den letzten 6 Jahren wurden viele Tabus gehoben, die bekannten roten Linien (Islam, König und Saharafragen) von der Presse geschoben. Ab Dezember 2004 organisierte eine offiziell genannte "Kommission für Gerechtigkeit und Versöhnung" öffentliche Anhörungen von Opfern der Menschenrechtsverletzungen, die in der Zeit der "bleiernen Jahre" in Marokko begangen wurden ! Von Europa aus wirken diese Schritte im arabischen Zusammenhang beeindruckend, jedenfalls sehr positiv.

Doch genau das irritiert der Menschenrechtsaktivist und Verleger der Tariq Editions, Bichr Bennani : "Warum müsst uns ihr westlichen Beobachter immer mit Algerien oder dem brutalen tunesischen Regime vergleichen ? Ich will mich doch mit Dänemark vergleichen, oder mit Schweden, nicht mit den Kranken !!!". Sein Ärger teilen viele anderen Menschenrechtsverteidiger, denn die Arbeit ist noch lange nicht fertig.

Die Aktion der Kommission für Gerechtigkeit und Versöhnung wird z.B. freilich in Frage gestellt, weil die Nahmen der Folterer nicht genannt werden dürfen ! "Nicht die Kommission hat die Sprache ermöglicht sonder die Arbeit der Zivilgesellschaft seit den seibziger Jahren. Die Kommission ist im Gegenteil ein Unterdrückungsversuch der Wahrheit in dem man behauptet, seit 1999 gäbe es keine Folterungen mehr". Eine Zeitschrift wie TelQuel, wird regelmäßig an bestimmte Grenzen zurückerinnert, Le Journal, hat quasi Werbungsverbot. Die Repression besteht also, aber nicht mehr mit Gewalt.

Laut Abdallah Zaazaa, ein ehemaliger Linksradikalischer Regimegegner, der 15 jahrelang im Gefängnis war und heute ein breites Netz von Vereine in Casablanca leitet : "Marokko hat einen sehr grossen Schritt nach vorne gemacht, doch dies ist nicht irreversibel, weil die Fortschritte nicht institutionnalisiert werden. Das System hat sich keineswegs geändert und die aktuellen Parteien sind machtlos. Der Monarch konzentriert weiterhin die ganze Macht. Wir brauchen eine Republik". Das Versagen der Institutionen ist auch ein Grund, warum sich junge Menschen den Weg durch die Vereinbewegung aussuchen, und nicht durch geschlossenen und veralterten Parteien.

Wichtigen Errungenschaften wie die Mudawana, hat sich eine aktive Zivilgesellschaft erkämpft, durch Druck und Mut, aber diese Fortschritte hängen weiterhin vom guten Willen des Königs ab. Hat nicht Mohammed VI. den entscheidenden Schub für eine neue Mudawana gegeben, während die "Bärtigen" in den vorigen Jahren massiv dagegen demonstriert hatten ? Einen besseren Zeitpunkt hätte er nicht wählen können, da die Gesellschaft nach dem Bombenattentat am 16. Mai 2003 in Casablanca noch unterm Schock lag und die Islamisten diskret bleiben mussten.

"Alles hängt vom König ab, nicht von unseren Institutionen", bedauert auch Bichr Bennani. "Das ist die Weihung der absoluten Macht, nicht die Demokratie". Heute ist die Sprache freier und selbst Herr Bennani gibt zu, dass er seiner Bücher (darunter Zeugenaussagen von gefolterten Häftlingen) seit 1999 problemlos veröffentlicht hat. Aber sobald zeitgenössische Kritik auftaucht, wird die Sache heikler. Marokko ist auf den richtigen Weg zur Einleitung eines demokratischen Kurs, doch kann es auch in diesem Zwischenzustand bleiben. Einige schließen Rückzüge noch nicht völlig aus.

Nathalie Gillet