Maroc : Fiche pays 2008
Jeune Afrique, Hors-série Etat de l'Afrique 2008
La grande inconnue de l’année 2007 était les élections législatives du 7 septembre, qui devaient déboucher, craignait-on, sur une victoire, voire une participation gouvernementale islamiste. Ce ne fut pas le cas (cf. encadré). Le Parti de la justice et du développement s’est incliné devant le Parti historique de l’Istiqlal (indépendance). Mais la gifle la plus cinglante fut administrée aux socialistes de l’USFP. Arrivés premiers aux législatives de 2002, ils se retrouvent désormais à la cinquième place. La gauche, grande perdante du scrutin, ne domine plus aucune région dans le pays. Le vrai vainqueur de ce rendez-vous électoral a cependant été… l’abstentionnisme, chiffré à 63% ( !), et qu’il faut ajouter aux nombreux votes nuls.
C’est donc au patron de l’Istiqlal, Abbas El Fassi, personnalité peu charismatique du monde politique, que revint la charge de former un gouvernement… Mais devant sa difficulté à obtenir un consensus, c’est à partir d’une liste concoctée en haut lieu, qu’il a finalement constitué son équipe, avec une majorité composée de quatre partis : l'Istiqlal, le Rassemblement national des indépendants (RNI, centre droit), l'Union socialiste des forces populaires (USFP) et d'anciens communistes ralliés de longue date à la monarchie, le Parti du progrès et du socialisme (PPS). Parmi les nouveautés : un nombre accru de femmes, sept au total, mais confinées dans des postes traditionnellement considérés comme féminins (éducation, santé, jeunesse, culture, famille). Seule exception : Amina Benkhadra nommée ministre de l’Energie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement, qui a déjà fait ses preuves sous Hassan II. “Notre programme, c’est le discours du trône de Sa Majesté”, a déclaré récemment le nouveau Premier ministre… Dans les rangs de l’opposition, se retrouvent aux côtés du PJD, le parti travailliste, le PSU et pour la première fois le Mouvement populaire.
Si tremblement de terre il y eut ce fut davantage au sein des partis politiques. Trois dinosaures devenus impopulaires ont été plus ou moins poussés à la porte. Mohamed Elyazghi, 72 ans, patron de l’USFP, qui occupe actuellement un poste de ministre d’Etat… sans portefeuille a quitté provisoirement la tête de son parti. Comme successeur certains pressentent déjà l’ancien ministre des Finances, Fathalla Oualalou. Après l’échec électoral, Mahjoubi Aherdane, 94 ans, a rendu les clés du Mouvement populaire. Son exemple a été suivi Ahmed Osman, 77 ans, du RNI. Ces démissions suffiront-elles à régler les crises internes et faire un peu de place à une jeunesse confinée jusqu’ici au monde associatif ? Autre signe d’un changement d’époque : le décès en août de Driss Basri, inamovible ministre de l’Intérieur et bras droit de Hassan II durant les années de plomb. Il enterre avec lui tous les secrets d’Etat qu’il menaçait de révéler depuis son exil parisien.
L’un des défis pour l’année 2008 demeure celui de la sécurité et de l’endiguement des mouvements islamistes armés. Les services de renseignement travaillent à plein régime, appuyés par un maillage policier très efficace. Le 11 mars 2007, un kamikaze s’est fait exploser dans un cybercafé de Sidi Moumen à Casablanca. Le 10 avril, la police abattait dans la même ville un kamikaze qui s’apprêtait à faire de même. Il sera suivi de 6 autres, qui ne feront d’autres victimes qu’eux-mêmes et un officier de police
Sur un autre plan, l’année 2007 s’est également conclue par l’échec de la candidature de Tanger à l’Exposition Internationale 2012, au profit de la sud-coréenne Yeosu. Mais la dynamique engagée par la ville ne devrait pas retomber, les travaux d’infrastructures déjà budgétisés seront menés jusqu’au bout (port de plaisance, espaces verts, transports, etc.). Le nord du pays (essentiellement Tanger-Tétouan), connaît d’ailleurs un renouveau inégalé jusqu’ici. L’inauguration du complexe portuaire intégré TangerMed, en chantier depuis 2002, ajouté au lancement d’un TangerMed 2 avec un port conteneur encore plus important que le premier, y est pour quelque chose. Le projet modifie les équilibres du commerce maritime régional tout en s’appuyant sur de nouvelles zones franches. Et la demande est réelle, comme le confirme la décision en septembre de Renault-Nissan d’implanter près de TangerMed sa future plus grosse usine (300 hectares, 400 000 voitures par an). Cet investissement de plus d’un milliard d’euros fait ainsi de TangerMed un succès irréversible, puisque près de 200 sous-traitants auraient déjà manifesté leur intérêt. Le site figure désormais sur tous les écrans radar.
La future ligne de TGV Tanger-Casablanca puis Casa-Marrakech ajoute à cette stratégie globale en fluidifiant les transports. D’autant que les Marocains se déplacent désormais vers le nord pour y trouver des emplois, chose impensable il y a quelques années. La région Nord longtemps laissée à l’abandon et à la culture du cannabis trouve enfin de nouvelles perspectives. Mais déjà, les prix de l’immobilier flambent, comme ils flambent d’ailleurs sur l’ensemble du pays. Si les autorités marocaines refusent encore de la qualifier ainsi, c’est bien une bulle qui semble lentement se profiler. Les constructions se poursuivent sans répits à la grande joie des cimentiers et des banquiers qui font chauffer le crédit immobilier. Les laissés-pour-compte d’un mètre carré frôlant par moment les 4000 euros n’ont plus qu’à s’en remettre aux programmes de logements sociaux. Ironie du sort : la crise du logement reste entière au Maroc.
Avec la concrétisation des grands chantiers (autoroute Casa-Marrakech, première marina du Bouregreg, extension de l’aéroport de Casablanca, tramway Rabat-Salé), les raisons d’investir se multiplient. Alors que quelques années auparavant, les IDE se résumaient à quelques privatisations, leur niveau semble se renforcer, au moment-même où les privatisations se tarissent. Une forme de confiance s’installe parmi les opérateurs étrangers qui regardent d’un œil positif la réforme bancaire, le Plan Azur (véritable booster du tourisme), le Plan Emergence (industrie). La conjoncture demeure pourtant fragile et le rapport IDE/PIB reste encore loin de celui des dragons de l’Orient mais quelque chose bouge au Maroc, qui prend pour la première fois des allures de pays émergent.
Les lacunes n’en sont pas moins réelles. Des réformes essentielles peinent à voir le jour : celle de l’agriculture, par exemple, qu’il faut rendre plus productive, moins centrée sur la céréaliculture, plus indépendante de la pluie ; de la justice (formation des magistrats) ; du système foncier soumis à une superposition compliquée de régimes anciens. Reste aussi et surtout les secteurs sociaux, dans un pays qui connaît 45% d’analphabétisme. Autre point négatif : le creusement du déficit commercial. Les exportations ont beaucoup moins augmenté que les importations et pour la première fois depuis 7 ans, les transferts des émigrés marocains et le tourisme, qui traditionnellement rééquilibrent la balance courante, ne suffiront pas malgré leur bonne tenue, à combler le déficit courant. Plus de 7 millions de touristes, ont pourtant visité le Maroc en 2007, rapportant plus de 4,4 milliards d’euros. Quant à l’inflation (3,3% en 2006, 2,1% l’an dernier) les Marocains pourront compter en 2008 sur une politique de subvention.
Enfin, la mauvaise campagne agricole, notamment des céréales (1/4 de la récolte précédente) a lourdement pesé sur la croissance 2007, qui s’établit autour de 2%, contre près de 8% en 2006. Une évolution de taille cependant se dessine : alors qu’au Maroc, une mauvaise récolte se soldait systématiquement par de la récession, elle n’entraîne plus aujourd’hui qu’un tassement de croissance. La progressive diversification de l’économie marocaine porte ses fruits. Mais la saison des pluies a mal commencé cette année et deux ans de sécheresse de suite seraient difficiles à tenir.
Nathalie Gillet
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Tanger Med, hub méditerranéen par excellence
Journal de la Marine Marchande, Septembre 2007
« Nous venons d’arrimer physiquement le Maroc à l’Europe », déclarait le Premier ministre marocain Driss Jettou le 27 juillet au Journal de la Marine marchande. « Nous allons méditerranéiser le Maroc », enchaînait Fathalla Oualalou, ministre des Finances. Ce jour-là, APM Terminals Tangier, filiale d’AP Moller Maersk, inaugurait le tout premier terminal de conteneur du complexe portuaire Tanger Med, dont elle détient la concession pour 30 ans. Après un investissement de 160 millions d’euros, la totalité des 800 mètres de quai d’APM ne seront opérationnels qu’en octobre mais le premier navire transportant des conteneurs pleins est attendu pour septembre.
Au final, TangerMed comptera 1600m de quai à conteneurs, après la mise en service de la seconde tranche l’an prochain, avec une capacité annuelle de 3,5 millions de TEU, auxquels s’ajoutent un terminal roulier-passagers (7 millions de passagers et 500 000 camions), un terminal pétrolier et un terminal céréalier. Coût total du projet : 1,4 milliard d’euros, infrastructures comprises. L’Agence spéciale Tanger Med (TMSA), en charge de sa réalisation, aura largement tenu les délais.
Ce nouveau port en eau profonde est un port de transbordement, situé sur le Detroit de Gibraltar, à l’intersection des grandes routes maritimes Est-Ouest et Nord-Sud, qui voit passer 200 navires par jour. Avec un temps d’approche de 45 mn à 90 mn maximum et ses 16m de tirant d’eau (18m par endroits), « il pourra même accueillir les navires qui seront développés dans l’avenir, puisque les plus grands d’entre eux ont actuellement un tirant d’eau de 15,5m », précise Etienne Rocher, Directeur d’APM Terminals Tanger. Les navires de la série EMMA, d’AP Moller Maersk (397 m de long, 56m de large, avec un emport de 11000 conteneurs EVP) peuvent donc y escaler sans la moindre difficulté. Un avantage technique qui se traduit rapidement en avantage de coûts. C’est là que tout va se jouer.
Le trafic mondial de conteneurs augmentant en effet de plus de 10% par an, l’enjeu maritime de demain, ne concerne pas les tonnages mais les terminaux où ces derniers seront traités. « Le bateau qui charge à Singapour entre dans une politique d’optimisation par la taille et la rapidité. Et c’est cela qui détermine le chemin », explique Taoufik Bengebara, président du Comité de pilotage TangerMed-Afrique de l’Ouest. Présent déjà sur le port d’Algesiras, Maersk a créé l’axe direct Singapour-Algesiras (17 jours de transit-time), permettant de desservir par transbordement les ports de l'Afrique de l'Ouest et de la péninsule ibérique. « Il s’agit d’une équation purement industrielle. Mais cette stratégie a permis à Maersk de capter les flux Chine-Afrique et Chine- Ouest Med (Malaga-Bilbao), lui donnant une bonne longueur d’avance sur les concurrents. Pris de court, ces derniers ont cherché à suivre le modèle et à se trouver une place sur Gibraltar », ajoute Bengebara.
Fort de son positionnement exceptionnel, Tanger Med ne pouvait pas tomber mieux. L’attribution à AP-Moller Maersk (encore…) du premier terminal a renforcé la position de la compagnie, qui fermait quasiment le détroit. La bataille qui a suivi autour du second terminal a été rude pour une concession revenue finalement au consortium Eurogate-Contship, CMA-CGM (français), Comanav (marocain, racheté depuis par CMA-CGM) et MSC (suisse).
L’extension lancée à Isla Verde par Algesiras, le port concurrent situé à 14 km à peine, ne devrait pas gêner l’activité du nouveau complexe, malgré la capacité de 4,5 millions de conteneurs qu’elle ajoutera au port espagnol. Selon les calculs d’APM, le volume de conteneurs devrait en effet doubler d’ici à 2014. Le nouveau complexe aura pour effet de désencombrer Algésiras et Casablanca, terriblement congestionné, et de permettre aux armateurs de gagner en transit time sur l’ensemble des ports.
« Contrairement au port de Casablanca, devenu essentiellement un port d’importation, le hub d’éclatement de TangerMed peut fonctionner sans relation avec le marché marocain et trouvera son équilibre économique de toutes les façons », s’enthousiasme Jean-Luc Martinet, président de la Chambre française de commerce et d’industrie au Maroc. « Plus il y aura de navires, avec des prix compétitifs et une mutualisation des équipements, plus il sera facile aux entreprises étrangères de venir produire au Maroc à bas prix pour exporter à travers le monde. Cela va entraîner tout le développement du Nord du pays ». Un argument d’autant plus pertinent que outre l’actuelle Tanger Free Zone (TFZ), ce projet intégré comprend 3 zones franches supplémentaires (logistique, commerciale et industrielle), reliées aux réseau routier et de chemin de fer,
« Les accords de libre-échange signés avec l’UE et les Etats-Unis permettront d’exporter avec le label Maroc à partir de ces 3 zones pratiquement sans droits de douanes », explique pour sa part Youssef Benchekroun, de TMSA, qui ajoute que « la notion de zone franche devient une denrée rare dans le monde. En Europe, vous n’en trouvez quasiment plus de disponible ! ».
C’est la zone logistique de 130 ha, accolée aux quais et opérée en partenariat avec l’émirati Jafza qui ouvrira la première, début 2008. Les marchandises de régions lointaines pourront y être entreposées, conditionnées, puis renvoyées par bateaux feeder vers l’Afrique de l’Ouest ou réexportées en Europe par camion grâce au terminal roulier, « et ce en une demi heure, avec le prix de l’Afrique, pas le prix européen ! », ajoute M. Bencheqroun. Les 600 ha de zone industrielle seront opérationnels à Melloussa début 2009 et mettront l’accent sur les secteurs pour lesquels le Maroc possède un avantage comparatif : équipement automobile, électronique, offshoring, aéronautique. Plusieurs km à l’ouest, TFZ qui a déjà 7 ans, est en plein boom. Ses 260 entreprises ont exporté pour $ 800 millions en 2006 et créé au total 32 000 emplois. Le rythme des demandes d’agrément augmente tous les mois.
Mais ce n'est pas fini. Les autorités marocaines prévoient une saturation du port en 2015 et ont lancé un "TangerMed 2" à quelques km. Il portera la capacité du complexe à plus de 8 millions de conteneurs d’ici à 2012, faisant de TangerMed l’un des tous premiers ports de Méditerranée. TM2 coutera 1,3 milliard d’euros mais est plus important que le premier, avec 2800 m linéaires de quais, cédés en deux concessions : un terminal à conteneur dédié (1600 m) et un terminal avec obligation de service public. Les appel à manifestation d'intérêt, ont été lancés et les premiers candidats short listés cet été (dont Maersk…), pour une concession attribuée au 1er trimestre 2008. La compétition ne manquera pas d'être féroce pour empêcher l’installation des armateurs chinois, tenus en embuscade.
Nathalie Gillet, envoyée spéciale à Tanger
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TangerMed
The Maritime Journal, Royaume-Uni, Septembre 2007
APM Terminals Tangier, a subsidiary of AP-Moller Maersk, inaugurated the first container terminal of huge TangerMed complex on 27th July, the concession of which it won for 30 years. Real operations with full containers should start in September. The second container terminal awarded to Eurogate-constship consortium, with French CMA-CGM, Moroccan Comanav (now belonging to CMA) and Swiss MSC, is to open next year. After completion, TangerMed will offer over 1600m linear dock and be able to handle 3,5 million TEU, one million vehicles and 500 000 trucks a year, in addition to hydrocarbon and cereal terminals.
Dredging, works on the sea wall, part of the quays were carried out by French Bouygues consortium, with Moroccan Bimaro (subsidiary of Bouygues) and Italian Saipem, for 270 million Euros. The 1600m long quayside is being built for 100 million Euros by another consortium: Somagec, the first Moroccan maritime construction company, and Belgian Besix, who did similar quays in the Emirates and is currently building Dubai’s biggest towers in the world. Early this year, Bouygues won the building contract of RORO terminal for 160 million.
The deepwater port is located on the Strait of Gibraltar, only 14 km away from Algeciras port, at the crossroad of main East-West and North-South maritime trade lanes, where 200 vessels pass every day. Even Algeciras’ launching Isla Verde extension with 4.5 million additional container capacity, shouldn’t harm TangerMed’s development, as container volumes are to double by 2014. The platform is bound to become a major transhipment hub in the Mediterranean Sea.
As a mater of fact, “TangerMed will be able to accomodate the biggest ships in the world, even future ones given its depth alongside of 16 to 18 meters and approach time of less than 90 minutes”, Etienne Rocher, Manager of APM Terminals Tangier states. Mearsk Sealand created the Singapore-Algeciras direct lane in 17 days transit time, urging ships into using the road for trade between China and Africa or China and West Mediterranean ports. Competitors had no choice but catch up and try to settle at Gibraltar too. TangerMed came just in time.
Three future free trade zones linked to the port will also stimulate import-export activities independently from Moroccan market. The logistic one operated with Emirati Jafza will open on spring 2008. Goods arriving from remote destinations will be packaged there and shipped through feeders to smaller ports or re-exported by trucks. “Free zones are becoming rare. You will hardly find any available left in the EU”, Youssef Bencheqroun from Tanger Med Special Agency says.
TangerMed is actually expected to reach saturation by 2015. To anticipate, another similar project called TangerMed 2, has already been launched a few miles West from TangerMed 1, for 1.7 billion USD. Bigger than the first one, TM2 will raise the complexe’s capacity to over 8 million containers a year by 2012 !! Its 2800m berth will be awarded in two blocs: one container terminal of 1600m and one terminal with binding public service requirements. Maersk, among short-listed candidates for the first terminal is holding its breath until the result by March 2008. Competition indeed will be ruthless to prevent ambitious Chinese shipping companies from settling in one of their natural markets.
Nathalie Gillet, in Tangier
Banques marocaines à l’assaut de l’Afrique
Jeune Afrique, 20 août 2007L’assainissement et la concentration du secteur bancaire marocain depuis fin des années 1990 a donné à ses acteurs nationaux une assise financière solide et une longueur d’avance sur leurs voisins maghrébins en matière d’ingénierie financière. Filiale de l’Omnium Nord Africain et partenaire de l’Espagnol Banco Santander, Attijariwafa Bank (AWB) a enregistré un PNB en hausse de 20% à 6,78 milliards de dirhams en 2006. Elle occupe le premier rang en termes de dépôts (27,5%) et de crédits (25% des crédits par décaissement distribués, 30,8% des engagements par signature). Le groupe Banque populaire (public) a enregistré un PNB consolidé de 6,2 milliards tandis que la Banque marocaine du commerce extérieur (BMCE), deuxième banque privée a vu le sien augmenter de 16,3 % à 3 milliards.
Les banques marocaines ont acquis aujourd’hui un niveau de maturité qui les pousse à conquérir désormais de nouveaux territoires. Outre le marché Marocains résidant à l’étranger, c’est en Afrique que se situe leur champ de bataille, avec pour chacune des stratégies propres : dominante corporate pour la BMCE, banque de détail pour AWB et pour les Banques populaires, qui insistent sur le concept de proximité.
BMCE vient de franchir un pas décisif cette année en signant un accord pour le rachat de 35 % du capital d’African Financial Holding (AFH), qui contrôle le groupe Bank of Africa (BOA). « BOA sera notre réseau de banques commerciales. Elle nous a séduits parce que c'est un réseau fondamentalement sain et jeune », explique Jaloul Ayed, d’administrateur-directeur général de BMCE-Bank. « La BMCE peut apporter à BOA des compétences dans de nombreux domaines : monétique, transferts des Africains résidents à l'étranger, nouvelle configuration du réseau (spécialisation des agences), stratégie de proximité. ». Des fonds propres, aussi, après la défection de la Belgolaise, ancen partenaire de BOA.
Mais c’est surtout au Sénégal que la marocaine a pris pied à travers BMCE Capital, conseiller de l’Etat du Sénégal et architecte du montage financier du nouvel aéroport international de Dakar.
De son côté, Attijariwafa Bank n’est pas en reste, avec l’acquisition en janvier dernier de 66,6 % de la Banque Sénégalo Tunisienne (6 % des parts du marché sénégalais), quelques mois seulement après l’installation de sa filiale Attijariwafa bank Sénégal, qui compte déjà 3 agences et un PNB de 1,45 million de dirhams. Les deux entités devraient donner naissance à Attijari Bank Sénégal. Quelques produits ont déjà été lancés comme les transferts d’argent (Western Union), la monétique (Carte Visa, Pack Yeksil). Si la BST était orientée PME/PMI, « la nouvelle stratégie sera axée sur le retail », précise Ismail Douiri, du Pôle Finance, Transformation et Opérations. On pressent des visées au Niger, Burkina Faso, Gabon, Guinée Equatoriale, et comme pour BMCE au Gabon, où les entreprises marocaines sont très présentes.
Le groupe Banque populaire s’est également implanté en Afrique subsaharienne via deux filiale en 1990 : en Guinée avec la Banque populaire maroco-guinéenne (53,9 % BCP, 43,24 % État guinéen) et en Centrafrique avec la Banque populaire maroco-centrafricaine (57,5 % BCP, 37,5 % État centrafricain, 5 % BMCE Bank). Il compte un maximum de 3 agences dans chacun des pays et une part de marché respective de 5% et 26%. « Ces filiales ont dépassé une situation difficile de départ et se trouvent désormais, malgré le contexte dans un train de rentabilité », assure un cadre de la banque, qui avoue également quelques visées au Sénégal, mais aussi… au Congo.
Mais s’il est un terrain de chasse naturel pour le Maroc c’est bien l’Afrique du Nord. La Tunisie ne délivrant plus d’agréments, la privatisation de banques même de petite taille est très convoitée Celles en cours de la Banque franco-tunisienne (BFT) et Banque tunisio-koweitienne (BTK), ont naturellement attiré la candidature des 3 principales banques marocaines : Attijariwafa Bank pour la première, Banques populaires pour la seconde et BMCE pour… les deux. AWB, plus serein, a déjà raflé avec son actionnaire espagnol Santander, 33,5 % du capital de la Banque du Sud en novembre 2005 (entre 8 et 9% de parts de marché), au nez et à la barbe de la française BNP Paribas. Sa filiale rebaptisée Attijari Bank accuse encore des pertes en 2006 en raison du provisionnement du portefeuille en souffrance, des suspens et des moins values sur titres. Près de 130 millions de dinars tunisiens (75 millions d’euros) sont venus renflouer le capital, dont 80 millions sous forme d’emprunt obligataire convertible en actions – une première dans la scène financière tunisienne. La situation devrait s’améliorer dès 2007 promet la banque.
Avec Axis Capital, sa filiale d’intermédiation boursière, de gestion d'actifs et d’ingénierie financière inaugurée en juin 2006, BMCE peut de son côté exercer des activités de banque d’affaires mais ne possède pas de licence. Pas question cependant de laisser le marché à son rival. « La combinaison d'Axis Capital et d’une banque commerciale peut donner naissance à une vraie banque universelle », s’enthousiasme Jaloul Ayed.
En Algérie, les deux banques privées attendent avec impatience le résultat de leur demande d’agrément pour faire cette fois de la banque universelle. BMCE s’y est fait accompagner du français CIC, de la BEI, de San Paolo Imi et de Banco Espirito Santo. Mais le durcissement fin 2006 des critères d’admission lié au scandale Khalifa, rend les choses plus compliquées sur ce juteux marché de 33 millions d’habitants.
Restent la Libye et surtout la Mauritanie que convoite également la Banque populaire avec un peu d’avance puisque une demande d’agrément a déjà été déposée. « Notre business modèle correspond parfaitement aux besoins de la région : banque de détail, bancarisation, soutien de la PME-PMI et de l’artisanat, développement du microcrédit, via notamment la Fondation BP pour le microcrédit », affirme un directeur général de la banque. Pas question de se limiter aux grandes entreprises et au commerce extérieur. Composé de la Banque centrale populaire (BCP) et de ses 11 Banques populaires régionales, le groupe dispose d’un réseau qui couvre également l’arrière pays marocain, quand la plupart des banques privilégient les pôles économiques. Quelque 80 agences auraient été ouvertes en 2006, une centaine est prévue cette année. Prise indépendamment de son groupe, la BCP, cotée en Bourse depuis 2004, a remporté la palme de la rentabilité en 2006, avec une bonne maîtrise des charges et un ROE de 24%.
Mais les nouveaux marchés conquis peu à peu par ses concurrentes privées à l’extérieur du Maroc devraient apporter de nouveaux et précieux relais de croissance à ces dernières.
Nathalie Gillet
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ENCADRE : BOA, le réseau local de BMCE
Né en 1982 en Afrique de l’Ouest, Bank of Africa a étendu sa présence à 11 pays : Bénin, Burkina, Côte d’Ivoire, Kenya, Madagascar, Mali, Maurice, Niger, Sénégal et plus récemment, Ouganda (avec le rachat de Allied Bank fin 2006) et Tanzanie (avec l’intégration de Eurafrican Bank en 2007). BOA a également obtenu un agrément bancaire à l’île Maurice et devrait y ouvrir une filiale cette année. « Mais la liste des prochaines ouverture est longue, affirme Jaloul Ayed, notre objectif est de couvrir 15 pays d’ici à la fin de l’année et 20 à fin 2008 » BOA affichait fin 2005 un total de bilan de 1,25 milliard d’euros et 975 millions d’euros de dépôts, contre plus de 5 milliards pour le Groupe BMCE.
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ENCADRE 2 : L’Europe, relai des stratégies africaines
Si les stratégies des banques marocaines se différentient également en Europe, l’objectif reste le même : capter les transferts financiers entre les deux continents. En complément de la nouvelle assise africaine offerte par Bank of Africa, BMCE mise sur Medicapital Bank, sa filiale londonienne, au cœur de la finance mondiale. L’agrément a été obtenu le 16 mai 2007 , avec un capital initial de 175 millions de dollars. « C'est Medicapital Bank qui va conseiller, structurer et placer les transactions pour notre clientèle africaine », assure M. Ayed. Son expertise corporate vise les grands contrats d’équipements, d’infrastructures, ou les privatisations. La filiale est le premier actionnaire privé de la Banque de développement du Mali (avec 20 % du capital) et contrôle la Congolaise de Banque (25 % du capital).
Attijariwafa Bank a sa filiale à Paris, avec des représentations en Belgique et en Allemagne, bientôt en Italie, Espagne et aux Pays-Bas), propose aux immigrés africains des produits de banque de détail, le dernier en date étant sa carte de retrait et de paiement spécial MRE.
De son côté, le Groupe Banques populaires, a été chronologiquement le premier à s’implanter en Europe en 1972, avec sa filiale parisienne Banque Chaabi du Maroc. Il détient toujours 56% des dépôts des résidents à l’étranger et n’est pas prêt à céder sa part du gâteau aussi facilement. NG
Derniers coups de pioche à Tanger-Med
Jeune Afrique, 24 juin 2007
Ce sont désormais les derniers coups de pioche que l’on entend. Dans quelques semaines, le 1er quai à conteneurs du nouveau grand complexe portuaire Tanger-Med, situé en plein détroit de Gibraltar, à l’intersection des grandes routes maritimes du monde, sera prêt pour recevoir son tout 1er porte-conteneurs. Choix du site en 2001, création de l'Agence Spéciale Tanger Méditerranée (TMSA) en 2002, 1er marché attribué en juin 2003, jamais projet marocain n'est sorti aussi rapidement du chapeau. TMSA a eu toute latitude pour faire des choix indépendamment de l'Office des ports ou du ministère, confiant la totalité de la gestion à des privés. C’est APM Terminals Tangier, filiale d’Akwa et de AP Moller Maersk, gestionnaire du quai pour 30 ans, qui ouvrira donc le bal fin juillet.
Les 5 grues à conteneurs nouvelle génération, "super-post Panamax", sont déjà en place (80m de haut, 145m d’envergure, 1700 tonnes chacune) tandis que les "abeilles", ou remorqueurs, sont activées depuis 3 mois (concession de 25 ans, remportée par la filiale du français Bourbon). Pour protéger le quai, une digue de 2 km a été construite sous forme de talus prolongé en mer par 39 caissons préfabriqués en béton armé. APM Terminals Tangier devra investir au total près de 160 millions d’euros, employer 700 personnes et capter un trafic annuel minimum de 1,5 million de conteneurs.
L’inauguration prévue en juillet se fera avec celle de 3 zones franches, logistique (90 ha), industrielle (600 ha) et commerciale (200 ha), dont l’exploitation a été confiée au leader émirati Jebel Ali Free Zone International (JAFZI). Tanger Med qui mise sur l'arrière pays pour renforcer son trafic se veut un projet intégré.
Le 2nd terminal à conteneur, d'une taille comparable au premier (800 m) sera géré par l'opérateur germano-italien Eurogate Contship, la compagnie marocaine Comanav, la française CMA CGM et la suisse MSC. Les travaux commencés en juin dernier devraient permettre une entrée en service l’an prochain. Quelque 300 millions d'euros devraient être investis, pour une capacité de 1,5 million de conteneurs par an.
Tanger-Med n’est d’ailleurs pas entré en service que déjà, pour palier une saturation supposée en 2015, le royaume en prévoit l’extension : un Tanger-Med II. Port de transbordement similaire, à proximité immédiate, il comprendra 3 quais à conteneurs supplémentaires en eau profonde sur plus de 2,4 km, d’une capacité totale de 5 millions de boîtes. Comme pour TangerMed I, des caissons en béton constitueront la digue principale de 1,3 km. Le port accueillera également passagers et camions TIR sur 226 m, comprendra un terminal de gaz naturel liquéfié et une unité de regazéification. Les travaux démarreraient dès 2008, pour une mise en service en 2012. Coût des opérations : 1,25 milliard d’euros. TMSA espère attirer des fonds arabes et attend des armateurs asiatiques et des partenaires de Dubaï.
La dynamique réelle de l'arrière pays marocain et l'attraction effective des entreprises dans les zones franches reste toutefois difficile à apprécier. Espérons en attendant que le projet permettra une meilleure répartition des richesses au profit de la Région Nord, longtemps laissée à l'abandon.
Nathalie Gillet
ENCADRE :
S'appuyant sur sa position géographique, Tanger Med vise les économies d'échelles : accueillir de gros bateaux de 8000 EVP grâce à son tirant d'eau de 16 à 18m et profiter de la croissance annuelle secteur maritime de 13%, quand la plupart des ports méditerranéens sont saturés. Profiter notamment du trafic Chine - Afrique qui progresse de 15 % par an. "Un conteneur qui vient d'Asie est actuellement transbordé dans un port européen, puis placé sur un feeder pour arriver au port marocain, ce qui représente un surcoût", explique Mohamed Hafnaoui, directeur délégué de TMSA. Aujourd'hui, les routes maritimes les moins coûteuses demeurent celles de la Méditerranée, à travers le canal de Suez, la ligne traditionnelle via l’Afrique du Sud n’étant rentable que jusqu’au sud du Nigeria.
Avec Tanger Med II, la capacité totale du complexe portuaire devrait être portée à 8,5 millions de conteneurs ! Porte principale vers l’Afrique de l’Ouest pour les produits en provenance d’Asie, et futur point incontournable pour le transit des conteneurs venant d’Amérique latine, d’Amérique du Nord et d’Europe, ce sera aussi le 1er hub de transbordement de céréales, infrastructure inexistante actuellement dans la région Nord-Ouest de l’Afrique. En face, Algesiras, qui traite 3,5 millions de boites par an, n’a pas dit son dernier mot et met en concession de nouveaux quais.
Nathalie Gillet
Maroc : Banques sans frontières
Jeune Afrique, Hors-Série "Finance", octobre 2006
Après l'assainissement et la concentration du secteur, les banques marocaines s'affrontent désormais en territoire étranger : en Afrique pour accompagner les entreprises marocaines et de plus en plus en Europe sur le terrain des Marocains résidant à l'étranger (MRE).
Les banques marocaines, publiques comme privées, n'ont pas chômé en 2005. Après une politique d'assainissement menée par le Maroc depuis plusieurs années, leur rentabilité s’est nettement améliorée, avec un PNB en hausse de 8,5% frôlant les 20 milliards de dirhams. Le secteur s'est modernisé et le nombre de cartes bancaires est passé de 500 000 en 2000 à 2,5 millions en septembre 2005.
Ce sont les banques privées qui ces dernières années ont marqué leur différence en termes de performance, grâce à une gestion plus rigoureuse du risque. Leurs créances en souffrance ne représentent plus que 9,5% du total des bilans bancaires à fin mars 2006 (contre 16,2% au niveau national), avec un taux de couverture par les provisions de 74%. Les banques publiques ont elles aussi rationalisé et fait passer le taux de couverture de 46,8 à 60,7%. C'est encore insuffisant mais non négligeable après des années de mauvaise gestion et d’octroi inconsidéré de crédits. Selon l'agence de notation Standard & Poor's, des quatre institutions publiques, seul le Crédit Populaire du Maroc (appelé aussi groupe Banques populaires), a "un profil comparable à celui des banques privées".
Modernisation et mise à niveau ont encouragé plusieurs banques occidentales à injecter des capitaux dans les banques privées (cf. tableau) et permis des transferts de technologie. En mai dernier, la BMCI (filiale de BNP Paribas) a innové en lançant les premières cartes à puce à usage national. Quant-au Crédit Immobilier et Hôtelier (CIH, n°2 dans sa branche), affaibli par les scandales financiers du passé, son horizon s'est éclairci début juillet dernier, avec l’entrée indirecte des Caisses d’Epargne françaises dans son tour de table (25%). La nouvelle direction affirme avoir récupéré une bonne partie des crédits en souffrance (près de 24 milliards de dirham de sous-provisionnement) mais le travail sera long. Stratégie principales : partir du crédit logement pour rebondir sur d'autres produits comme la bancassurance ou le crédit à la consommation, en bref, bancariser à travers l’accès au logement.
Au niveau réglementaire, l’adoption dès janvier 2007 des nouvelles dispositions réglementaires de Bâle II, constituera en tous les cas la plus profonde mutation du secteur depuis 1998. Elle obligera les banques à revoir leur manière d’appréhender le risque, par la différenciation notamment des besoins en fonds propres. Au niveau du continent, hormis l’Afrique du Sud, le Maroc fait figure d’exemple puisqu'il remplit 80% des 25 principes de base définis par l’accord de Bâle II. Les filiales des banques françaises sont de fait plus avancées mais les grandes banques marocaines ont fait appel à des cabinets spécialisés.
Présence étrangère dans les banques marocaines en 2005
Banques |
Actionnaire étranger de référence |
Part détenue par l'actionnaire étranger |
Attijariwafa Bank |
Grupo Santander |
14,5% |
BMCE Bank |
CIC et Espirito Santo |
10,0% et 2,77% |
BMCI |
BNP Paribas |
65,1% |
SGMB |
Société Générale |
51,9% |
CDM |
Calyon |
52,7% |
Arab Bank Maroc |
Arab Bank plc |
100% |
Citibank |
Citibank |
100% |
CIH |
Caisses d'épargnes françaises |
25% |
Le secteur bancaire marocain s'est aussi fortement concentré, avec 15 établissements aujourd'hui contre 21 en 2000, dont 6 cotés en bourse. Les trois premières banques (une publique, Crédit populaire du Maroc, et 2 privées, Attijariwafa bank, et BMCE Bank) contrôlent aujourd'hui plus de 74% du marché des dépôts et 67% du marché des crédits, tandis que 3 banques à capitaux étrangers (SGMB, CDM et BMCI) détiennent un tiers du marché.
Attijariwafa Bank, poids lourd national issu de la fusion-absorption de BCM/Wafabank en 2004 (cf. notre hors-série précédent) a largement dépassé ses prévisions de croissance pour 2003-05, défiant aujourd'hui le groupe Banques populaires. Fin 2005, elle contrôlait près de 96 milliards de dirhams de dépôts (+15,4% par rapport à 2004) soit 26,56% de part de marché, mais elle n'a pas encore réussi à détrôner la banque publique (26,97%). C'est chose faite en revanche du côté des engagements où elle dépasse de loin ses concurrents (65,1 milliards de crédits, 22,71% de part de marché). Derrière elle, BMCE Bank, la 2e banque privée n'est pas mécontente, avec un bénéfice en hausse de 28,5% cette année, à 735 millions de dirhams.
Mais la bataille aujourd'hui ne se joue plus seulement à l'intérieur du Royaume. L'heure du Maroc est en effet à la croissance externe : en Afrique, au Maghreb, mais aussi en Europe. "Nos clients sont en train de devenir internationaux et le marché marocain s'est concentré " explique Ismail Douiri, directeur stratégie et développement de Attijariwafa Bank : "il n'y a donc plus de perspective de croissance rapide par l'acquisition".
Dans la région Maghreb, c'est en Tunisie que l'implantation des institutions marocaines est la plus avancée. Après Maghreb Titrisation, qui a décroché en juin 2005 un mandat d’arrangement et de gestion des opérations de titrisation de la Banque internationale arabe, Attijariwafa Bank a racheté en novembre (avec son actionnaire espagnol Santander) les 33,54% du capital de la Banque du Sud, détenus par l’Etat. Avec une part de marché de 9% des dépôts et des crédits, la banque tunisienne se positionne au 5e rand dans son pays. L'objectif fixé par son repreneur est qu'elle apporte 10% du résultat du groupe marocain d’ici à 2010. Pour cela, cependant, il lui faudra surmonter son principal handicap : la mauvaise qualité de son portefeuille de crédit, problème systémique en Tunisie. La couverture des créances devrait donc prendre 3 ans. Cinq nouvelles agences vont bientôt enrichir le réseau national qui en compte déjà 93, ainsi que 25 nouveaux guichets automatiques. Le tout relooké et réaménagé. Rebaptisée Attijari bank, la filiale tunisienne portera donc le logo Attijariwafa Bank avant la fin de l'année.
De son côté, la banque d'affaires BMCE capital a racheté l'an dernier 50% d’Axis, un groupe tunisien de conseils et d’études financières, avant d'en faire Axis Capital en juin 2006 (activité corporate, gestion d’actifs et intermédiation boursière). Le siège flambant neuf de la nouvelle société est situé en plein cœur de l’avenue Mohammed V à Tunis, l’artère où se concentrent les principales institutions financières du pays. Mais avant de devenir une vraie banque d'affaires, il lui faudra obtenir un IVT (intervenant sur les valeurs du Trésor).
Autre marché alléchant, l'Algérie, qui ouvre et modernise peu à peu son secteur bancaire. BMCE comme Attijariwafa l'ont bien compris et ont déposé chacune une demande d'agrément pour la création d'une filiale. Seul problème, le Conseil de la monnaie et du crédit habilité à l'accorder en Algérie, se réunit à un rythme… non défini. Les projets marocains sont en tous les cas sérieux. Celui de banque universelle euro-méditerranéenne de la BMCE aurait dans son tour de table le français CIC (qui traite déjà une bonne partie des paiements commerciaux entre opérateurs français et algériens) et le Portugais (Banco Espirito Santo), mais aussi la Banque européenne d'investissement à hauteur de plusieurs millions d'euros ! Quant à Attijariwafa bank, son dossier serait déjà complètement instruit sur le plan technique. Les deux banques espèrent débuter leurs activités avant la fin de l'année. In cha allah…
Malgré sa petite taille (2,5 millions d'habitants), la Mauritanie également donne quelques idées : "l'ouverture de la route jusqu'à Dakar et la future route est-ouest vont faire de ce pays une plateforme importante de commerce pour certains de nos clients notamment dans la distribution alimentaire", a affirmé M. Douiri à Jeune Afrique. La BMCE de son côté a déjà lancé des prospections.
Seconde région naturelle d'expansion pour les banques marocaines : l'Afrique de l'Ouest, plus particulièrement le Sénégal. Présente déjà au Mali depuis 1993 (avant sa privatisation) avec 17% de la Banque du développement du Mali, au Congo avec 25% de la Congolaise des banque, la BMCE a inauguré en 2003 sa banque d'affaires à Dakar, qui doit rayonner sur l'Afrique de l'Ouest. Le groupe marocain ne cache pas non plus ses visées sur le Gabon, où le PDG Othman Benjelloun s'est engagé en juin dernier à établir avant la fin de l'année une banque d'affaires filiale de BMCE Capital, en association avec le plus grand groupe bancaire du Gabon, la BGFI Bank. Le Cameroun également serait au programme.
Attijariwafa Bank, de son côté vient d'inaugurer le 7 juillet sa première filiale africaine à Dakar après un an de tractations. "Trois agences sont ouvertes et une 4e en cours d'aménagement ouvrira avant la fin de l'année", annonce Ismail Douiri, qui espère un total de 10 agences d'ici à 2010. "La filiale sera une porte d’entrée pour le groupe vers la région de l’Afrique de l’Ouest", explique la direction, qui table sur une part de marché de 5% au Sénégal. Pour cela le groupe devra affronter les filiales des banques françaises, notamment Société Générale et Crédit Lyonnais, qui contrôlent plus de 50% du marché, mais aussi la banque locale CBAO qui en détient 35%.
"Il y a également des opportunités dans la zone Cemac, plus éloignée pour nous mais qui comprend des pays où les entreprises marocaines sont déjà actives, comme le Gabon ou la Guinée équatoriale", ajoute M. Douiri, qui se réfère notamment aux groupes Chaabi et Jet Sakan (logements sociaux), aux entreprises de services pétroliers comme Satram (Gabon et Cameroun) ou à Somagec (construction de ports en Guinée). Des contacts préliminaires ont été établis avec les gouvernements.
Du côté des banques publiques marocaines, le Crédit populaire du Maroc n'est pas en reste avec ses 9 bureaux de représentation en Europe et au Canada et deux filiales en Afrique, l'une en Guinée et l'autre en République centrafricaine . Sa notation par S&P a été renouvelée : BB+ à long terme et B à court terme, avec «des perspectives de développement stables». Le groupe banques populaires entend donc bien préserver sa pole position sur le marché des Marocains résidant à l'étranger (MRE) qui constituent près de 60% de ses dépôts. Sur ce créneau elle détient encore une bonne longueur d’avance par rapport aux concurrents du privé et surtout un avantage historique : la présence de guichets dans les consulats pour traiter les transferts d'argent.
Car c'est bien sur le marché des MRE que se joue aujourd'hui la bataille la plus féroce. Plus d'un quart des 339 milliards de dirham de dépôts au Maroc provient de ces travailleurs émigrés à l'étranger, qui gardent des liens financiers forts avec leur pays d'origine. C'est la première source de devises du pays. "Même si cela se passe en Europe, il s'agit d un business Maroc répondant à des besoins en dirham (transferts de fonds aux familles, crédits immobiliers)", précise M. Douiri. De fait, de grandes restructurations s'observent au sein des réseaux européens des banques marocaines.
Attijariwafa bank a ainsi mis les bouchées doubles en janvier dernier en transformant en filiale sa succursale parisienne (elle-même issue des structures que possédaient BMC et Wafabank avant leur fusion). C'est en juillet 2005 qu'elle a obtenu le précieux agrément de la Banque de France. Banque de droit européen, Attijariwafa bank Europe, créée en janvier dernier, peut s'établir dans tous les pays de l'Union. "Notre but est l'européanisation", explique un haut responsable. Toutes nos représentations à l'international vont être transformées en succursales de la banque française : Belgique, Allemagne et Pays-Bas d'ici à décembre 2006, le reste avant fin 2007 (Italie, Espagne, Royaume Uni notamment). Le groupe espère multiplier par 2,5 le volume des transferts des MRE d'ici à 2010.
Implantée déjà en France en Espagne et en Italie, c'était également à Paris que la BMCE voulait asseoir sa filiale européenne spéciale MRE. Mais sa succursale présente dans la capitale française depuis 1972 n'a finalement pas obtenu le sésame de la Banque de France. S'estimant pourtant largement qualifiée, c'est par dépit ("la mort dans l'âme", selon les termes d'un responsable) que le groupe marocain s'est tourné vers Londres. Deux poids deux mesures ? Favoritisme au profit du groupe qui via l'ONA compte dans son tour de table un actionnaire "royalement" prestigieux ? Les spéculations sur les raisons du refus vont bon train.
En cours de création, la filiale BMCE de Londres, appelée Médi Capital Bank (car présentée comme méditerranéenne), supervisera donc l'ensemble des implantations européennes de BMCE Bank à l'étranger, reprenant les activités de Paris et de Madrid. En attendant les autorisation officielles, des locaux ont été loués, du personnel recruté. "Londres sera une source de structuration de transaction pour la région maghrébine et Afrique parce que c'est le plus grand marché financier d'Europe", explique un haut-responsable :"Elle aura la niche d'activité de marché et corporate; elle travaillera pour les implantations internationales : Paris, Madrid et Dakar et peut-être demain Libreville, Douala ou encore la Mauritanie".
Les ambitions sont grandes et apportent leur pierre à la nécessaire intégration régionale du Maghreb. Pour autant, le faible taux de bancarisation marocain (25% de la population, 1 agence pour 20 000 habitants) promet au niveau national également des perspectives intéressantes.
Nathalie Gillet
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Tanger Méditerranée : un projet portuaire bien avancé
Journal de la Marine marchande, juin 2005
Situé en plein détroit de Gibraltar, à l’intersection des grandes routes maritimes du monde, juste en face d'Algesiras qu'il va concurrencer, le grand complexe portuaire de Tanger-Méditerranée voit sa réalisation avancer à grands pas (cf. encadré). La promesse d'une mise en service en juillet 2007 devrait être tenue et la pertinence du projet a eu raison de ses premiers contestataires.
Aujourd'hui, les routes maritimes les moins coûteuses demeurent celles de la Méditerranée, à travers le canal de Suez. Compte tenu de la croissance du trafic mondial de conteneurs (9% par an) et des 100 000 bateaux passant chaque année par le détroit (près de 25 millions d'EVP), le nouveau port marocain devrait devenir un point incontournable pour le transit des conteneurs venant d’Amérique latine, d’Amérique du Nord et d’Europe et destinés au Moyen-Orient et à l’Asie. Il sera également le premier hub de transbordement de céréales, infrastructure inexistante actuellement dans la région Nord-Ouest Africaine.
S'appuyant sur sa position géographique, Tanger Med, qui fera essentiellement du transbordement relais ou du transbordement éclatement, vise les économies d'échelles. Avec un tirant d'eau de 16 à 18m, le futur port pourra en effet accueillir de gros bateaux de 8000 EVP et sa capacité totale sera de 3 millions de conteneurs (6 fois le volume actuel d'import-export marocain). En outre, "un conteneur qui vient d'Asie est actuellement transbordé dans un port européen, puis placé sur un feeder pour arriver au port marocain, ce qui représente un surcoût de 350 à 400 euros le conteneur", ajoute Mohamed Hafnaoui, directeur délégué de l'Agence Spéciale Tanger Méditerranée(TMSA). Transborder directement au Maroc réduit ainsi la facture pour les entreprises.
"Jamais projet n'est sorti aussi rapidement au Maroc !", s'étonne un diplomate européen proche du dossier. Après le choix d'un site de 500 km2 en 2001, la création de TMSA en 2002, le premier marché a été attribué en juin 2003. Le secret de cette célérité réside dans la nature même de l'Agence. TMSA a le mode de gestion d'une société anonyme privée, avec des prérogatives de puissance publique (autorité portuaire, gestion du patrimoine public, gestion des concessions). Contournant les autres administrations, TMSA a donc pu faire des choix indépendamment de l'Office des ports ou du ministère et en fonction d'objectifs internationaux. Tanger représente en une concurrence redoutée pour Casablanca, actuellement engorgé. Ses tarifs de manutention se situeront par exemple à l’échelle européenne (environ 70 € par conteneur), soit largement inférieurs à ceux appliqués ailleurs au Maroc (près de 164 €).
Le financement du projet est déjà sécurisé par ailleurs à 500 M $ : 200 M $ du Fonds Hassan II et 300 M$ du Fonds Abu-Dhabi pour le développement (100 M de dons et 200M de prêt à taux très concessionnel). L'investissement public total s'élèvera à de $ 1,7 milliards, le privé dépassera 1,3 milliard.
La gestion du port sera confiée en BOT à des opérateurs privés. Celle du quai à conteneur a été divisée en deux parties de 800 m, la première ayant déjà été attribuée en novembre 2004 à Maersk Sea Land (en partenariat à 10% avec Akwa) pour une période de 30 ans. Son rôle en sera de donner une première grande impulsion, capter le trafic pour atteindre un tonnage de 1,5 million d'EVP. "Le non respect de cette garantie de trafic peut générer une déchéance du contrat", avertit M. Hafnaoui. Maersk s'est également engagé à investir € 150 millions d'ici à 2010. Ce géant maritime, principal opérateur du port concurrent d'Algesiras, aujourd'hui saturé, profitera ainsi de la croissance mondiale du trafic mais ne détiendra pas le monopole puisque il n'a pas été autorisé à concourir pour la seconde concession en cours. Maersk doit également dédier une partie du trafic à d'autres compagnies.
Le second terminal à conteneur aura une autre vocation, orienté multi-utilisateurs avec une garantie de trafic moins élevée; il ne devra donc pas se limiter au transbordement. L'appel d'offres a été lancé depuis plusieurs mois mais la remise des offres repoussée au 29 avril. "Nous souhaitons faire travailler un partenaire marocain, qui ne sera pas nécessairement une compagnie maritime", précise M. Hafnaoui en référence à la Comanav. Un appel d'offre sera également lancé pour les activités portuaires (remorquage, pilotage, amarrage, manutention) sur les petits terminaux.
Un projet intégré
Pour permettre toutefois le développement à long terme, amortir les gigantesques investissements et pallier la fluctuation naturelle du trafic de transbordement, les autorités marocaines misent sur la préparation de l'arrière pays, avec la création de pôles économiques, de 3 zones franches et d'infrastructures de connexion. Tanger Med se présente ainsi comme un projet intégré. Selon un accord conclu en 2003, TMSA veille à la réalisation du port tandis que l'Etat prend en charge les infrastructures de connexion au reste du territoire d'ici à juillet 2007 : autoroute de 61 km (dont les travaux s'achèveront cette année) à celle de Rabat–Tanger, route express à deux voies reliant le port à Fnideq (site choisi pour la future zone franche commerciale) et connexion ferroviaire de 45 km reliant le port au réseau national. La région Nord sera également désenclavée par une autoroute Tanger- Asilah (35 km, dernier tronçon de l’axe Rabat–Tanger), une voie express Tanger-Tétouan et une voie express Tétouan-Fnideq (38 km). Concrètement les travaux autoroutiers ont commencé, deux tronçons ont été confiés à Autoroutes du Maroc. Le marché ferroviaire a été attribué à l'ONCF.
A proximité immédiate du port, la zone franche logistique (90 ha) sera destinée aux activités logistiques ou post-manufacturière de petite échelle telles l'assemblage et le packaging. "Les produits à forte rotation viendront dans la zone logistique, seront emballés en fonction de la clientèle, puis acheminés sur leurs marchés de destination", explique M. Hafnaoui. La zone franche industrielle qui sera aménagée sur 600 ha à 25 km du port, sera dédiée aux industries légères orientées vers l'export. La zone franche commerciale (200 ha à 18 km du port) doit accompagner le développement touristique de la région, et verra l'implantation de grands centres commerciaux avec des produits en duty free. Atout de taille, un accord de partenariat sur 10 ans pour l'exploitation et la commercialisation des futures zones franches a été conclu de gré à gré en octobre dernier avec l'opérateur émirati Jebel Ali Free Zone International (JAFZI), leader dans le domaine.
Les autorités marocaines espèrent en tous les cas une meilleure répartition des richesses au profit de la Région Nord, longtemps laissée à l'abandon. "On prévoit un développement touristique mais non massif", explique M. Hafnaoui. De fait, Tanger Med va récupérer toute l'activité commerciale de l'actuel port de Tanger Ville, poste RO-RO actuellement engorgé. Celui-ci est devenu le passage obligé des nombreux camions TIR qui traversent le détroit et bouleversent la ville. Ces camions seront donc déviés vers le nouveau port, permettant à l'actuel de se concentrer sur l'activité même de la ville et de devenir un port de plaisance.
Les objectifs fixés semblent aujourd'hui réalistes et l'implication de leaders mondiaux (Bouygues, Maersk, Jbel Ali) tout comme la réalisation d'infrastructures de connexion et l'indépendance de décision de l'Agence TMSA renforcent la crédibilité du projet. L'inconnue reste toutefois la dynamique économique de l'arrière pays et l'attraction effective des entreprises dans les zones franches. Prochaine étape dans le calendrier : la désignation de l'adjudicataire du second terminal de conteneur et la restructuration financière globale de TMSA, annoncée prochainement.
ENCADRE :
Avancée des travaux sur le chantier portuaire
Selon Saïd El Hadi, président du directoire de TMSA, le taux de réalisation du port est aujourd’hui d'environ 50%. Les travaux prendront fin le 31 décembre 2006, pour accueillir les premiers bateaux en juillet 2007. Le chantier devrait toutefois se poursuivre delà de 2009.
1ère phase : les ouvrages de protection
2 km de digues principale et secondaire et remblais de route : marché attribué à Bouygues et Saipem en juin 2003, pour € 215 millions. Particularité : une digue constituée d'un talus prolongé par 39 caissons préfabriqués en béton armé pour les zones dont les fonds dépassent 20 mètres de profondeur. Les premiers ont été mis en flottaison fin avril. Quelque 80% du talus et 20% des caissons sont achevés.
2e phase : 5 lots
- (Lot 1) Déviation de l'oued Rmel par la réalisation d’un canal car il se déverse sur le port et conduit à son ensablement; attribué pour environ € 6 millions au marocain Entreprise maritime des travaux (EMT); réalisé a 95%.
- (Lot 2) Terminal pétrolier destiné à desservir l'hinterland du port et développer l'activité soutage des navires en escales ou en transit à travers le détroit (Bouygues-Saipem seraient bien placés, attribution décidée à la première quinzaine de juin) + terminal céréalier et vrac avec un quai de 300 m (examen des offres en cours, pour une décision en mai). Les offres relatives à la gestion du terminal pétrolier sont attendues pour fin juin; l'appel d'offre pour la gestion du vrac et céréalier n'a pas encore été lancé.
- (Lot 3) Terminal à conteneurs de 1610m linéaires, avec tirant d'eau de 16 m et 90 ha de terre-pleins + (Lot 4) Terminal roulier avec 4 postes Ro-Ro et quai de services, destinés à accueillir les remorqueurs et autres : attribués fin mars 2005 au consortium maroco-belge Somagec-Besix, pour 87 millions d'euros.
- (Lot 5) Terrassement, voirie et réseaux divers : marché de € 90 millions quasiment attribué à Société générale des travaux du Maroc (SGTM), annonce officielle imminente.
N.G. FIN ENCADRE
Nathalie Gillet
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Interview : Karim Tazi, président de l'Association marocaine des industries du textile et habillement (Amith)
La Tribune, avril 2005
Quel est l'état du secteur textile marocain aujourd'hui ?
Il est dans l'air du temps d'afficher une situation catastrophique. Un grand nombre d'entreprises a connu une baisse d'activité très forte mais d'autres tournent à pleine capacité. Ce qui ne marche pas c'est la maille fine (T-shirt, Jearsey) et la pure sous-traitance. La production marocaine était intégrée, avec des tissus tissés localement, à partir d'un fil souvent fabriqué localement. Etant donné le coup des facteurs de production au Maroc et la cherté des intrants, ce type de produit n'est pas concurrentiel face à l'Asie.
Parmi les secteurs qui vont bien : le jean, qui exige un savoir-faire que les Marocains ont acquis depuis longtemps. Ce savoir-faire suffit à mettre pour un temps les entreprises marocaines à l'abri de la concurrence asiatique. Toute l'activité de textile-habillement n'est pas condamnée dans ce pays mais une certaine façon de travailler, basée sur une basse valeur ajoutée, une faible créativité et réactivité. Cela dit, si l'Europe et les Etats-Unis parviennent à imposer leurs fameuses clauses de sauvegarde, même ces activités peu performantes connaîtraient encore un répit. Cela ne doit pas empêcher les chefs d'entreprise de moderniser leur outil de production or une minorité l'ont fait.
Comment faut-il désormais travailler ?
Les entreprises marocaines doivent proposer à leurs donneurs d'ordre un produit fini, cesser de travailler comme de simples façonnières qui se contentent de couper et de coudre. Il faut qu'elles soient au moins capables de soulager leurs clients de la corvée de financer et d'aller chercher le tissu dans le monde entier. L'Amith demande également la réduction des droits de douanes au Maroc sur les intrants de la confection, pour que n'importe quelle usine désireuse de monter une collection de produits finis puisse s'approvisionner localement, transformer et exporter.
L'idéal serait que le Maroc devienne "le Sentier" du Sud de l'Europe : dans ce quartier parisien tout est disponible sur place (tissu, accessoires, usines, main d'œuvre) et en une semaine, une idée de vêtement se transforme en réalité livrable dans les magasins.
Que pensez-vous de la réponse de l'Europe face à l'arrivée massive des produits chinois ?
La situation actuelle est pleine de paradoxes. L'Amérique qui est l'apôtre du libre échange absolu a répondu immédiatement et ne s'est encombré d'aucun scrupules libre-échangistes. Et l'Europe, traditionnellement plus protectionniste, prend davantage de temps du fait de la philosophie ultralibérale de son commissaire au Commerce extérieur, Peter Mandelson. Le libre échange des pays occidentaux est en fait une énorme hypocrisie : dès que le jeu ne les arrange plus, on ne joue plus. On continue de subventionner le coton américain et le sucre européen, on refuse aux agriculteurs africains un accès libre au marché européen et au bout de deux semaines d'exportations chinoises, on baisse le rideau. La fin de l'accord multifibre a eu l'avantage de mettre en évidence cette hypocrisie et les limites du discours orthodoxe.
La mondialisation c'est bien mais il faut des règles du jeu. Or la formidable compétitivité chinoise s'explique par le dumping social et par la parité fixe entre le yuan et le dollar qui est appliquée en dépit de tout bon sens. Je ne comprends pas en vertu de quoi le pays qui a un excédent énorme sur le reste du monde verrait sa monnaie liée à celle du pays qui a un déficit record sur le reste du monde. En empêchant l'appréciation naturelle du yuan, on truque les lois du marché.
Propos recueillis par Nathalie Gillet
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-Microcrédit : ils ne prêtent pas qu'aux riches
Jeune Afrique, Hors série N° 9 édition 2005
- Maroc : un exemple de microcrédit pour le Maghreb
Jeune Afrique, Hors série N° 9 édition 2005 :
Il est 9 heures du matin à Meknès, dans un quartier excentré de cette ville du nord du maroc. Dans la salle d’attente d’une agence d’Alamana, une association de micro crédit reconnue dans le pays, des hommes mais aussi et surtout des femmes, échangent quelque nouvelles. Puis, à tour de rôle, seuls ou en petit groupes, ils se lèvent pour se rendre dans l’une des pièces du bâtiment et rejoindre leur agent de crédit. On est lundi, le jour où l’agent encaisse le remboursement des emprunts et délivre de nouveaux prêts. Les sommes sont modestes : 1000 DH par-ci, 2500DH par là. Elles représentent pourtant une petite fortune pour leurs bénéficiaires. Car la clientèles servie ici n’intéresse pas les banques. Il s’agit des habitants d’un quartier pauvre, artisans pour la plupart, souvent analphabètes et sans compte en banque. Dans le bureau de Madi, les clients défilent : une brodeuse qui doit financer son fil, puis le chauffeur de taxi dont le moteur est tombé en panne, alors qu’il rembourse actuellement son premier emprunt de 5000 DH. Viennent ensuit un photographe qui équipe son studio et Mohamed, 34 ans, qui achète à crédit l’huile d’olive pour la distribuer à motocyclette dans son quartier. A peine assise, roula, qui en est déjà à son neuvième prêt, plonge la main dans son caftan bleu et en sort un sac en plastique transparent contenant une liasse de 1200 DH. Elle la jette sur la table. La routine. Madi vérifie la somme en faisant glisser les billets entre les doigts, puis tapote sur sa petite calculette pour déterminer les échéances encore à venir. Deux coups de tampon sur une fiche cartonnée, un reçu, et on n’en parle plus. Dans quinze jours, sa clientèle devra repasser pour régler la traite suivante. Depuis le temps qu’il se fréquentent, clients et employé de l’agence se connaissent bien. Avant d’obtenir un crédit, Roula, Mohamed et les autres ont eu plus d’une fois affaire à Madi et à ses collègues : à l’occasion de séances d’information d ‘abord, puis lors des enquêtes de terrain destinées à évaluer leur patrimoine, leurs besoin financiers... et leur « moralité », autrement dit leur réputation dans le quartier. Ce n’est qu’à l’issue de cette procédure qu’un premier emprunts est négocié :modeste pour commencer(1000 à 1500 Dh), il s’élève par la suit. Pour limiter les risques d’insolvabilité, les associations de micro crédit assurent leurs arrières. Car les clients exercent très souvent leur activité dans le secteur informel de l’économie. Le suivie de chaque dossier est donc personnalisé, pour que les agents connaissent individuellement tous leurs créditeurs. Des liens de confiance doivent naître entre eux afin d’assurer le bon fonctionnement du système. Un tel déploiement de précautions explique en grande partie l’excellent taux de remboursement enregistré par l’association marocaines : 99%, contre une moyen mondial de 95%. Mais c’est aussi parce que, au Maroc, l’essentiel des prêts accordés sont dits « solidaires ». ils sont accordés à des groupes de cinq personnes souhaitant emprunter qui se cautionnent mutuellement. Toutes doivent mener une activité génératrice de revenu. Il leur faut en outre, n’avoir aucun lien de parenté et disposé d’une carte d’identité :une opportunité que saisissent souvent les femmes pour s’en pouvoir et faire ainsi un pas de plus vers l’émancipation. 11 heurs à meknès, Issam multiplie les coup de tampon, car il faut passer aux décaissements avant la fin de la matinée. Toutes les portes se ferment alors, discrétion oblige. L’agent de crédit accueille un premier groupe : Ali, 27ans, est distributeur ambulant de produits alimentaires, et tahar, 60ans, vend des produits agricoles. deux brodeuse son la également. Les vêtement et les visages usés par le temps révèlent un train de vie extrêmement modeste. « attention, avertir pourtant Issam, c’est un très bon groupe, qui rembourse sans jamais poser de problèmes. Et, à chaque fois, ils renouvellent l’emprunt. » tous sont voisins. Ali est un peu le référent du groupe, même si les responsabilités sont reparties en parts égales. c’est à lui qu’Issam tend le liasse de billets. Ali compte les coupures, avant de remettre 1000 DH à sa voisine. L’opération se répète jusqu’à ce que tout le monde soit servi. Quant aux billets, roulés a l’aide d’une élastique, ils disparaissent immédiatement dans les caftans. Cependant, les choses ne se passent pas toujours aussi bien. Dans le bureau d’à côté, une jeune femme tente, en vain, de négocier le renouvellement de son crédit. Elle a accumulé des retards de paiements que ses partenaires ont dû assumer. « ton groupe lui-même t’a exclue. Alors moi, je ne peux rien faire », lui répond l’agent de crédit. Une autres équipe de femmes se présente avec une demi-heure de retard. Nezha, qui est déjà arrivée depuis plusieurs minutes, en fait partie. Lassée d’attendre, elle le fait savoir à ses codébitrices : « il s’agit de la première échéance ;qu’est ce que c sera à la dix-septième ? » »d’une manière générale, le micro crédit a connu succès ces dernières années au maroc. Depuis leur lancement dans le pays dans la seconde moitié des années 1990, les douze associations les plus actives sont distribué plus de 5 milliards de DH à 460 000 clients. Quelque 2,2 millions de prêts ont été accordés en milieu urbain principalement. Et, à lui seul, le micro crédit marocain rassemble la moitié des clients de tout le monde arabe. Alors que le Maroc s’est engagé très tardivement dans cette activité. Les deux établissement leaders au Maroc sont la fondation Zakoura (première en nombre de prêts) et l’agence Alamana (premier portefeuille encours avec 550 millions de DH). Elles sont les seuls au proche et moyen-orient à avoir intégré le classement des vingt meilleurs sociétés de micro finance dans le monde. La filière compte aussi la fondation banque populaire, créée par la banque du même nom, ainsi que la Fondep et la Fondation crédit agricole, de tailles plus réduites. Alamana est né d’un projet américano-marocain lancé par l’ONG volunteers in technical assistance, ce qui lui a permis de bénéficier d’un capital de départ important. La fondation zakoura, elle a commencé son activité en octobre 1995. « ce sont des banque marocaines et européennes qui on vraiment fourni le gros du financement. La société générale, notamment, qui nous a accompagnés depuis le début », explique Azize Benmazzouz, directeur généra de la fondation. sa clientèle est féminines à 96%. « notre but était aussi de rétablire un certain équilibre entre les femmes et les hommes. Le taux d’analphabétisme étant plus élevé chez ces dernières ,elles ont moins facilement accès a l’information et au crédit bancaire. Or on peut plus compter sur elles que sur les hommes pour les remboursements ». d’ailleurs, les organisme incitent souvent les femmes à quitter la maison pour se prendre en main. Grâce à eux, dans le village de Gouerit, Amina, mariée et mère de deux enfants, a ainsi constitué un group avec ses voisines Zineb et Dina (29 et 35 ans, toutes deux célibataires) pour pouvoir emprunter auprès de Zakoura. Depuis, elles peuvent élever des lapins. Un premier don du ministère de l’agriculture leur avait fourni un group composé d’un mâle et quatre femelles, mais les trois prêts qu’elles ont pu obtenir par l’agence (2000 DH, 3000 DH, 2500 DH) par la suite leur on permis de porter la taille de leur élevage à une cinquantaine de bêtes. « c’était très difficille au début, parce que je ne savais pas comment soigné, vacciner ni même nourrire les lapins, explique-t-elle. Heureusement, nous avons reçu une formation. » Les spécificités de la fondation Zakoura sont sa forte présence au milieu rural et l’importance de ses services au particulier : modules de formation, en gestion notamment, accompagnement pour ouvrire un compte épargne et séminaire d’explication, sur les droits des femmes au Maroc par exemple. Du côté des produits financiers, c’est le prêts solidaire qui domine largement l’activité des associations. Mais, depuis quelques années, celles-ci accordent également des prêts individuel à leurs clients les plus fidèles, assortis, certes, des conditions très strictes. En 1999, une loi est venu réguler ce secteur. Elle a été amendée en 2004 pour permettre de développer le tourisme rural et surtout le crédit-logement, destiné à l’achat ou à la réfection d’une maison. L’expérience marocaine n’en est pas moins citée en exemple par les bailleurs de fonds internationaux, et les banquiers commence a s’y intéresser. Mais les défis restent nombreux. La question des taux d’intérêt (28% pour les prêts solidaires en moyenne) semble plus urgente à régler. Le débiteurs souhaiteraient son allègement, mais les agences de micro crédit ne veulent pas en entendre parler, arguant de la lourdeur de l’investissement que constitue le suivi personnalisé de leur clientèle. En revanche, celle-ci verraient d’un bon œil une réforme de la loi marocaine qui encadre leur activité. Ces agences ne peuvent toujours pas collecter d’épargne, une source qui leur serait pourtant bien utile pour se refinancer. D’autres services financiers ne sont, pas ailleurs, toujours pas autorisés, comme l’assurance ou la monétique. « nous envisagent la mise en place de guichets automatiques, affirme cependant Rachid Boumadi, coordinateur régional pour Alamana. Le guichet ça change la perception de votre activité et de votre identité », poursuit-il. Avant de conclure : « avec un costume et une carte de crédit en poche, vous vous sentez différent. Ce serait une avancée très importante sur le plan symbolique. C’est ca aussi, la réduction des inégalités. »
NATHALIE GILLET, envoyée spéciale